On ne présente plus le talentueux duo québécois de Menace Ruine et la singulière synthèse de genres plus ou moins voisins qu'ils ont opéré sur chacun de leur trois albums: Black metal sans guitare à tendance noiseuse sur The Cult of Ruins, drones monumentaux et dark-folk sous-jacente pour The Die is Cast (direction musicale qu'on retrouvera en partie sur l'un des projets de Geneviève, Preterite) puis une nouvelle évolution stylistique sur Union of Irreconcilables et son drone/noise massif et corrosif ( une très bonne analyse du disque à lire ici). Et toujours cette atmosphère d'après cataclysme induite par des textes énigmatiques (où reviennent sans cesse les idées de destruction, de chute et de renouveau) déclamés sur le mode "lyrisme apathique" par une voix unique et reconnaissable entre mille à travers les vrombissements rocailleux et les panaches de matière vaporisée.
La même année que Union sortira chez Luchtrat un EP limité à un nombre ridicule de 72 exemplaires (mais fait à la main!) comportant quatre titres plus anciens composés dans la même veine que le dit album, mais radicalisée: Les sonorités sont ici encore plus agressives et dissonantes, boite à rythme volontairement sèche et outrageusement mécanique, siphons harsh noise et assise de basses grondantes aussi abrasives que les furieux motifs "presque" mélodiques à base de stridences et de vibrations insidieusement suraigües qui se superposent aux vociférations monstrueuses d'un de La Moth très en forme. Le son est froid, raw, rien à voir avec l'amplitude imposante de The Die is Cast. Même le ton de Geneviève se fait plus grave que d'habitude sur l'inquiétant (catharsique me vient également à l'esprit mais ça fait un peu trop commentateur Youtube à mon gout) Desert Yourself et son introduction aux relents drone-doom, seul moment d'accalmie dans cette vingtaine de minutes explosives qui fait le pont entre la bestialité de leur premier album et le jeu de textures brûlantes du dernier en date. Quelque part entre le power electro et le black metal, avec l'intelligence et l'audace qu'on est en droit d'attendre d'un groupe actuellement chez Aurora Borealis. À écouter ici.
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02/07/2012
14/02/2011
L'Acephale - Malefeasance (2009)

Les enfants, je sais que le genre est loin d'être sous-représenté ici, mais voilà tout de même pour les amateurs de bizarreries bruyantes encore un peu de black metal tendance experimental très original et pas rigolo pour un sou. Et du genre vraiment méchant pour le coup. Vicieux, malsain, nihiliste, plus true que n'importe quelles merdes estampillées LLN, aussi ésotérique que [insérer ici une référence à un ordre hermétiste pour faire bien], cru comme steak tartare. Une liste d'épithètes très classiques il est vrai, mais loin d'être galvaudés. Les plus mauvaises langues pourraient demander si il s'agit vraiment d'un album de black dont il est question, et elles n'auront pas forcément tort: Le matériel utilisé est de nature très variée, et entre les choeurs rituels monotones, les instants néofolks louches, les stridences et les superpositions de couches sonores noisy qui virent très vite au Pandemonium, les éléments black se fondent pour ainsi dire dans la masse.
Mais la parenté est incontestable. On a ici affaire à quelque chose de sombre et de radical jusqu'au bout des ongles. Pas de chichis, pas d'artifices, pas de compos torturées, ni de développements complexes et chiadés, pas même de belles textures à inhaler. La production, crade ET plate ne met absolument rien en valeur. Tout est, à l'image des mains qui se contorsionnent sur la pochette, dégénéré, laid, redondant, incroyablement statique. Mais c'est pour mieux t'écorcher, te corroder, te détruire mon enfant, tout minimaliste et dépouillé qu'il est, pour ça il est redoutable.
Car c'est de cet ascétisme pervers qu'il tire toute sa puissance maléfique. Les premières écoutes du monstre, pour le dire franchement, peuvent se révéler assez frustrantes voir presque insupportable, la faute à cette inquiétante absence de dynamique et à cette malignité qui s'épanouit de façon si surprenante dans un terreau qu'on jurerait stérile. Pour reprendre les dires d'un grand homme, l'apprivoiser n'est pas une mince affaire, mais le résultat en vaut le détour. La voilà la malfaisance. Huhuhuhuhum.. Est-ce que c'est bien raisonnable tout ça?
Rien à voir avec la musique, mais outre le très beau livret, je signale que les paroles de "Sleep has his house" sont du sieur David Tibet, ce qui n'a rien d'étonnant. Je ne sais pas pour mes collègues, mais ma prochaine marchandise sera un peu plus... colorée? Pas de flac pour cette fois, mon bel Internet ayant décidé de jouer à cache-cache.
Acheter ici.
29/11/2010
Wrnlrd - Mldthr (2006)

La rareté des apparitions de Phoebus semblant déplaire à quelques frileux maussades qui grelottent ici bas, je me sens donc dans l'obligation de ne pas les réchauffer et d'apporter encore un peu plus de ténèbres infernales qui engloberont une fois de plus ce frauduleux business. Et quoi de mieux pour cela que de parler de ce proche parent ésotérique et mentalement atteint de "Tentacles of Whorror"? Si Leviathan est un monstre, alors Wrnlrd est un possédé. Et de toutes ses productions que j'ai eu la chance d'écouter, celle-ci est à mon sens la plus fascinante.
Mldthr, quoi d'original là dedans si ce n'est le délire numérologique? Car dans le fond, les compositions black de la chose sont très classiques, et jouées de façon on ne peut plus traditionnelle. Riffing primitif, trémolos approximatifs, tempo bipolaire. Agression supersonique ou mid-tempo sournois. Ça claudique comme dans "Myrmidon". J'entends par là une maîtrise bancale qui s'assume pleinement sans user d'artifices pour s'oublier. C'est foutraque, mais c'est habité, et c'est l'essentiel. On mélange à cette base plus ou moins saines des éléments dark ambient grésillants, se révélant efficaces lorsqu'ils tournent seuls mais qui trouvent leur intérêt intégrés dans les déflagrations black sus-citées. On ajoute ensuite les hurlements sursaturés et ininterrompus d'un fanatique en pleine crise mystique. Et on agrémente de divers feedbacks, d'échos spectraux, de samples nauséeux, de hululements et de cris suspects qui résonnent dans ce paysage exiguë où l'au-delà s'y déchaîne, peinture sonore d'une cellule noire ouverte sur l'infini dans laquelle flotterait un persistent parfum d'encens, de sang, de blasphème et d'ectoplasme. Une alchimie suffisamment douteuse qui aurait pu faire de ce Mldthr un album simplement bon si la production, singulièrement synthétique, n'ajoutait pas un certain cachet le rendant encore plus original.
Paradoxe difficilement exprimable d'un son typiquement black mais effrontément lisse et numérique, jamais vraiment nécrosé, ni massif, ni étouffant, ni même explosif, et pourtant loin d'entamer l'intensité générale. Très peu d'effets de textures sont volontaires. Ça grésille, et pourtant c'est plutôt propre et retenu, même si on assiste à quelques débordements lors des brèves accalmies procurées par le ralentissement de la pulsation terriblement sèche et mécanique de la boite à rythme, comme si le flux d'immondices profiterait de ne plus être martelé pour se répandre en dehors du corset qu'on lui a tricoté et exposer sa vraie nature à nos oreilles écorchées par des lignes de guitares tellement gorgées de vices qu'elles tenteraient vainement de les camoufler derrière une contenance ironique. Ce parti pris, peut-être discutable transfigure la chose en une transe hallucinée, instable et polypmorphique mot compte triple, qui cogne ici comme une bête muette, diffuse là sa laideur vaporeuse, dévore et lèche comme une flamme les recoins de votre âme pour y déverser la Folie pure. Et c'est rigolo.
Mystère en plastique fondu, métempsychose* de synthèse? Je ne sais pas, mais je recommande.
*(Kassdédi pour celui à qui j'ai peut-être puisé dans le capital chroniques...)
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19/11/2010
Deathspell Omega - Paracletus (Norma Evangelium Diaboli, 2009)
"Maudits soyez vous, qui espérez le jour de l'Eternel. Pourquoi auriez-vous le jour de l'Eternel ? Il sera de ténèbres, et non de lumière."
Voici le dernier volume. L'intercession du Malin se substituant à l'Esprit Saint, Paraclet du nouvel âge. Beyond this threshold, life exhausts itself, loves itself.
Sur l'innocence morte, les juges pullulent, les juges de toutes les races, ceux du Christ et de l'Antéchrist, qui sont d'ailleurs les mêmes, réconciliés dans le malconfort.
L'apocatastase, contre-jugement, retour perpétuel, condamnant la vertu au deuil et à la solitude éternels, au silence de l'abîme annoncé par le départ du Rédempteur ressucité ; tandis que celui qui reçoit à temps la révélation, jouit éternellement des raisins de la perdition.
Paracletus est un magnifique chant du cygne, l'annonce d'une fin et, sans doute, d'un recommencement. Difficile de ne pas entendre cet album comme un ultime climax, musical comme intellectuel. Paradoxalement, c'est à la fois l'opus le plus violent et le plus mélodieux du groupe depuis le début de la trilogie. C'est aussi le plus abouti et le plus simple. Deathspell Omega s'est débarrassé de ses derniers mauvais réflexes, a épuré sa ligne de travail pour aller droit à l'essentiel et densifier au maximum son propos sonore. En 42 minutes, tout est dit, et le groupe tire sa révérence par un final grandiose, pétrifiant de majesté.
En une phrase : Here is the pit, here is your pit! Its name is SILENCE...
BUY
Amos 5:18
Voici le dernier volume. L'intercession du Malin se substituant à l'Esprit Saint, Paraclet du nouvel âge. Beyond this threshold, life exhausts itself, loves itself.
Sur l'innocence morte, les juges pullulent, les juges de toutes les races, ceux du Christ et de l'Antéchrist, qui sont d'ailleurs les mêmes, réconciliés dans le malconfort.
L'apocatastase, contre-jugement, retour perpétuel, condamnant la vertu au deuil et à la solitude éternels, au silence de l'abîme annoncé par le départ du Rédempteur ressucité ; tandis que celui qui reçoit à temps la révélation, jouit éternellement des raisins de la perdition.
Paracletus est un magnifique chant du cygne, l'annonce d'une fin et, sans doute, d'un recommencement. Difficile de ne pas entendre cet album comme un ultime climax, musical comme intellectuel. Paradoxalement, c'est à la fois l'opus le plus violent et le plus mélodieux du groupe depuis le début de la trilogie. C'est aussi le plus abouti et le plus simple. Deathspell Omega s'est débarrassé de ses derniers mauvais réflexes, a épuré sa ligne de travail pour aller droit à l'essentiel et densifier au maximum son propos sonore. En 42 minutes, tout est dit, et le groupe tire sa révérence par un final grandiose, pétrifiant de majesté.
En une phrase : Here is the pit, here is your pit! Its name is SILENCE...
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12/11/2010
Lucifugum - Sociopath: Philosophy Cynicism (Propaganda, 2004)
Les Ukrainiens, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît. Et c'est ce qu'on aime chez eux, d'ailleurs. Plus le temps passe, plus je me dis que la seule cause de qualité ou de merdicité, en ce qui concerne le Rock et ses dérivés, c'est la conviction. Là où une scène de mollusques franchouillards se contente de repomper une énième fois Darkthrone pour faire peur aux mémés avant de reprendre une bière, le salut vient de l'Est. Parce que le peuple a pu souffrir préalablement, la haine peut ressortir lorsque le dernier verrou saute.
Sociopath : Philosophy Cynicism, c'est ça. C'est suivre des codes simples, parce qu'on n'a que ceux-là, mais les suivre jusqu'à la mort. Lucifugum hurle son intégrisme, son dévouement corps et biens à la cause du Black Metal. Mystique naïve d'adolescents de 30 ans qui n'ont que celle-là à laquelle se raccrocher. Le satanisme est une voie par défaut, et c'est ce qui en fait l'unique voie possible.
Tout ça ressort en quelques dizaines de minutes. Sociopath : Philosophy Cynicism est un album fascinant de brutalité implicite, de haine incontrôlée, de riffings bordéliques et d'enregistrement approximatif. Il dégage une énergie palpable, aussi concrète qu'une brique dans la gueule. Aussi kitch, ridicule et intenable que soit le discours, musical et tout ce qui l'entoure, les mecs le tiennent comme une ligne d'horizon. C'est terrifiant.
Pour vous faire une idée, le groupe a eu la bonne idée de nous offrir un clip qui résume à lui seul tout le génie de l'album. Regardez-moi un peu ce bijou (et si vous croyez que c'est une blague, sautez les deux premières minutes) :
En une phrase : je viens de me rappeler pourquoi j'aimais le Black Metal.
Buy / mp3
Sociopath : Philosophy Cynicism, c'est ça. C'est suivre des codes simples, parce qu'on n'a que ceux-là, mais les suivre jusqu'à la mort. Lucifugum hurle son intégrisme, son dévouement corps et biens à la cause du Black Metal. Mystique naïve d'adolescents de 30 ans qui n'ont que celle-là à laquelle se raccrocher. Le satanisme est une voie par défaut, et c'est ce qui en fait l'unique voie possible.
Tout ça ressort en quelques dizaines de minutes. Sociopath : Philosophy Cynicism est un album fascinant de brutalité implicite, de haine incontrôlée, de riffings bordéliques et d'enregistrement approximatif. Il dégage une énergie palpable, aussi concrète qu'une brique dans la gueule. Aussi kitch, ridicule et intenable que soit le discours, musical et tout ce qui l'entoure, les mecs le tiennent comme une ligne d'horizon. C'est terrifiant.
Pour vous faire une idée, le groupe a eu la bonne idée de nous offrir un clip qui résume à lui seul tout le génie de l'album. Regardez-moi un peu ce bijou (et si vous croyez que c'est une blague, sautez les deux premières minutes) :
En une phrase : je viens de me rappeler pourquoi j'aimais le Black Metal.
Buy / mp3
07/11/2010
Dødheimsgard - Satanic Art (1998)

Sous les griffes de Vikotnik, les myriades célestes tourbillonnent comme autant d'éclairs enragés. Déjà la démentielle et jouissive bouillie multicolore de 666 International. J'ai un fantasme récurrent à propos de Traces of Reality. Je m'imagine cet hymne à la démence scandé par une marquise d'un autre âge, aussi glorieuse que grotesque: poudrée, mouchetée, arborant en somme tout le tin-touin de mise, elle hurle à s'en arracher les poumons, alors que ses yeux vomissent des étoiles. Sa gigantesque robe bouffante virevolte majestueusement façon Danse Serpentine. Cette marquise, c'est Aldrahn, le vocaliste de DHG, et le Ol' Dirty Bastard du black-metal. La dévotion même. À sa quête des mystères de l'âme, il sacrifie jusqu'à sa sanité d'esprit. Cette âme, il faut la vomir, coute que coute: il n'y aura pas de satisfaction, pas de fin, tant qu'elle ne luira pas à nue sur un plateau d'argent. Catharsis impossible, démesurée! Cordes vocales, accouchez.
Dødheimsgard - Monumental Possession (1996)

Un monument de pure jouissance sataniste décomplexée, hell yeah! Crossover black/thrash de très bonne facture, Monumental Possession s'apprécie comme un bon vieux rap old-school, genre Ultramagnetic MC's: le kitsch et le surfait font partie intégrante du délire et, de fait, on les accepte sans rechigner. L'expérience n'en est que meilleure. Seuls les gimmicks diffèrent: là où Kool Keith et ses acolytes passent leur temps à nous expliquer qu'ils sont les meilleurs MCs du monde, DHG nous raconte ses déboires avec Satan. Les Ultramagnetic MC's avaient les beats révolutionaires, Vikotnik a les riffs qui tuent. Oui, décidément, la comparaison tient la route. Une fois n'est pas coutume, voilà une tranche de metal bien rafraîchissante et fun.
27/10/2010
Dødheimsgard - Supervilain Outcast (Moonfog 2007)
Orange fluo et vert Matrice. Je veux du fun et du qui tabasse. Des collants moulants et des slips sur le pantalon, des justaucorps trempés dans les marais de Dantooine. Je veux des usines désaffectées, des fauteuils de PDG en décomposition, des zombies nazi radioactifs et des engrenages géants broyeurs de Charlot. Je veux Internet et ses légions de pop-ups fétichistes, la Pravda néo-post-pré-kantienne, et Zuckerberg sur un ring de la WWE. Du sperme et de la sueur, du cyanure et de l'aspirine, des jihadistes sous narcoleptiques et des cyber-rebouteux kabbalistes steampunk.
Je veux une batterie en plastique et une basse élastique. Blast-beats et mid-tempos, cassures rythmiques à la con, groove your toxic streets, modofoko. Je veux un chanteur qui se craque vraiment la voix, des chœurs léthargiques et des riffs pestilentiels. Je veux des corpsepaints multicolores. Je veux le retour de DHG.
En une phrase : Introvert sadist mindfucker.
Pour les amateurs de : Mayhem, Thorns, Code, The Kovenant, Aborym.
Buy
24/08/2010
Khold - Krek (Tabu, 2005)
Un album très shake your booty qui fit en son temps une concurrence éhontée à Satyricon au niveau du hit-parade norvégien. La preuve par a+b que le Black Metal peut être fun et groovy. Voir d'ailleurs les clips de Blod Og Blek et de Innestengt I Ei Kekiste.
Buy / FLAC
23/06/2010
06/06/2010
Skitliv - Skandinavisk Misantropi (2009)

C'est norvégien et il y a "Misantropi" dans le titre : pas difficile de deviner à quoi ça va ressembler, a priori...
Skitliv ("vie de merde"), c'est Sven Erik "Maniac" Kristiansen, le type qui a dessiné le logo de Mayhem et qui pousse les cris d'écorché sur leur premier album (entre autres). Il en a marre de ses ex-potes et il en invite d'autres pour faire le gnouf.
Skitliv, c'est très décevant sur certains points : par exemple, ce son trop creux, trop net, pour jouer un style lent et qui se voudrait lourd, répétitif, hommage à Burzum oblige (Maniac adooooore ce que fait Varg). Du coup, les morceaux composés "tout seul" tombent un peu à plat.
Skitliv, c'est énorme sur d'autres plans : les guests, notamment, qui ont tous leur mot à dire et qui donnent une vraie respiration à l'album, stylistiquement parlant. Et il y a du beau monde : Niklas "Kvarforth" Olsson, de Shining, qui compose une partie des morceaux et adopte un style dépouillé catchy comme pas possible ; David Tibet et Attila Csihar qui viennent titiller le trouillomètre en mâchant le micro. Tout ça s'intègre parfaitement au style de Maniac, le bonifie, lui donne du caractère comme l'eau d'un glen à son whisky. D'ailleurs, Skitliv sans picole, c'est comme un tonneau vide : ça n'a pas de sens !
En une phrase : "When we have each other / We have everything."
Pour les amateurs de : Burzum, Shining (Swe), Current 93, Cathedral, Tormentor.
Acheter / FLAC : Partie 1 / Partie 2 / Partie 3.
Skitliv ("vie de merde"), c'est Sven Erik "Maniac" Kristiansen, le type qui a dessiné le logo de Mayhem et qui pousse les cris d'écorché sur leur premier album (entre autres). Il en a marre de ses ex-potes et il en invite d'autres pour faire le gnouf.
Skitliv, c'est très décevant sur certains points : par exemple, ce son trop creux, trop net, pour jouer un style lent et qui se voudrait lourd, répétitif, hommage à Burzum oblige (Maniac adooooore ce que fait Varg). Du coup, les morceaux composés "tout seul" tombent un peu à plat.
Skitliv, c'est énorme sur d'autres plans : les guests, notamment, qui ont tous leur mot à dire et qui donnent une vraie respiration à l'album, stylistiquement parlant. Et il y a du beau monde : Niklas "Kvarforth" Olsson, de Shining, qui compose une partie des morceaux et adopte un style dépouillé catchy comme pas possible ; David Tibet et Attila Csihar qui viennent titiller le trouillomètre en mâchant le micro. Tout ça s'intègre parfaitement au style de Maniac, le bonifie, lui donne du caractère comme l'eau d'un glen à son whisky. D'ailleurs, Skitliv sans picole, c'est comme un tonneau vide : ça n'a pas de sens !
En une phrase : "When we have each other / We have everything."
Pour les amateurs de : Burzum, Shining (Swe), Current 93, Cathedral, Tormentor.
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Haemoth - Kontamination (2005)

Un peu de black metal aujourd'hui, ce qui ne surprendra pas mes co-rédacteurs chéris.
Comment parler de Haemoth ? Projet solo de celui qui apparaît dans Spektr sous le nom de H.th, le groupe n'a - au contraire de son petit frère - rien d'avant-gardiste. Riffs simplistes, batterie "utilitaire", voix cassée se voulant l'air méchant, pas de son synthétique, pas de sample, hormis dans les "interludes". En fait, en termes de composition, on a affaire à un projet de true black metal tout ce qu'il y a de plus ordinaire, avec quelques relents punk bien placés de ci - de là.
Mais ce n'est pas dans l'innovation d'écriture que "Kontamination" trouve son intérêt. C'est dans le son. Pour la petite histoire, après une distribution presqu'anecdotique chez Debemur Morti Productions, l'album a été ré-édité par... Southern Lord. Et est d'ailleurs sold-out depuis un petit bout de temps.
Rhâ bordel. J'ai connu des gens qui prétendaient écouter du black pour le côté violent et "evil" ; mais qui ne tenaient pas 20 secondes avec un casque sur les oreilles quand on leur passait la deuxième piste de cette galette. Aigüs stridents, courbes tout en attaque, comme une fraise de dentiste qui viendrait vous labourer les sinus, une grosse perceuse à bois crissant sur une plaque de zinc. Le contraste est sidérant, entre l'inévitable naïveté du riffing et la puissance de désagrément qui émane de cette manière d'enregistrer, comme si les mecs avaient poussé tous les potentiomètres (sauf les basses) à fond les ballons avant de récupérer le son sur un micro Fisher Price "pas plus de 60 dB" et d'ajouter des samples d'un hachoir Moulinex tentant de faire son sort à une assiette en cristal. Ce n'est pas tellement "violent", non, mais c'est haineux, c'est aggressif, comme si les musiciens voulaient nous crever les yeux et nous labourer le crâne en faisant passer une corde de Mi grave en inox d'une oreille à l'autre. On sent des influences comme le Filosofem de Burzum ou les premiers Mayhem, mais passés au broyeur pour en ressortir ce seul aspect de violence sonique et l'amplifier jusqu'à l'insupportable. Bref, c'est un grand album de true black. Un de temps en temps, au milieu de la nullité consternante qui pave cette scène, ça fait du bien.
Comment parler de Haemoth ? Projet solo de celui qui apparaît dans Spektr sous le nom de H.th, le groupe n'a - au contraire de son petit frère - rien d'avant-gardiste. Riffs simplistes, batterie "utilitaire", voix cassée se voulant l'air méchant, pas de son synthétique, pas de sample, hormis dans les "interludes". En fait, en termes de composition, on a affaire à un projet de true black metal tout ce qu'il y a de plus ordinaire, avec quelques relents punk bien placés de ci - de là.
Mais ce n'est pas dans l'innovation d'écriture que "Kontamination" trouve son intérêt. C'est dans le son. Pour la petite histoire, après une distribution presqu'anecdotique chez Debemur Morti Productions, l'album a été ré-édité par... Southern Lord. Et est d'ailleurs sold-out depuis un petit bout de temps.
Rhâ bordel. J'ai connu des gens qui prétendaient écouter du black pour le côté violent et "evil" ; mais qui ne tenaient pas 20 secondes avec un casque sur les oreilles quand on leur passait la deuxième piste de cette galette. Aigüs stridents, courbes tout en attaque, comme une fraise de dentiste qui viendrait vous labourer les sinus, une grosse perceuse à bois crissant sur une plaque de zinc. Le contraste est sidérant, entre l'inévitable naïveté du riffing et la puissance de désagrément qui émane de cette manière d'enregistrer, comme si les mecs avaient poussé tous les potentiomètres (sauf les basses) à fond les ballons avant de récupérer le son sur un micro Fisher Price "pas plus de 60 dB" et d'ajouter des samples d'un hachoir Moulinex tentant de faire son sort à une assiette en cristal. Ce n'est pas tellement "violent", non, mais c'est haineux, c'est aggressif, comme si les musiciens voulaient nous crever les yeux et nous labourer le crâne en faisant passer une corde de Mi grave en inox d'une oreille à l'autre. On sent des influences comme le Filosofem de Burzum ou les premiers Mayhem, mais passés au broyeur pour en ressortir ce seul aspect de violence sonique et l'amplifier jusqu'à l'insupportable. Bref, c'est un grand album de true black. Un de temps en temps, au milieu de la nullité consternante qui pave cette scène, ça fait du bien.
En une phrase : "Ca fait mal aux oreilles tes conneries."
Pour les amateurs de : Burzum, Darkthrone, Xasthur, Mayhem, Spektr.
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23/03/2010
The Ruins of Beverast - Rain Upon The Impure (2006)

Des méandres du passé, que pleuve sur l'homme toute la colère du ciel et de la terre ! 7 pistes. 14 minutes en moyenne, hormis les deux interludes. Meilenwald, ex-Nagelfar, sonde les âges obscurs sur près d'une heure et demi, érige sa cathédrale intemporelle, chthonienne, toute droit sortie de la tourbe et de la vase. Ses arches, vastes et écrasantes, balayent un vaste champ d'expérimentations immersives. Gloire ! gloire au mixage permettant à chaque rajouts d'apporter en toute clarté leurs moiteurs à l'édifice, gloire aux blasts et à leur parfaite assimilation au corps du propos, gloire au grain sonore de ces guitares, impénétrable, massif, minéral quoique fluide, sans pour autant verser dans l'inintelligibilité abrutissante ! Leurs notes sont des scories ; leurs maintiens, leurs dos massifs qui se haussent puis se fondent tour à tour, le lit d'anciens fleuves charriant le sang des âges et des époques, dont les courbes et les méandres engourdissent, emportent ; incarcèrent, aussi. Car une telle morgue grinçante ne saurait se passer du huis clos. Ainsi, alcôves et samples au stupre féminin, de là, cloches, chœurs religieux résonnant de cloîtres en ruine, ici, mid-tempos où l'esprit patauge et se noie dans ces catacombes immémoriales, souterrains aux mélodies rasantes et millénaires, rehaussés ça et là de discrets liserés ambiant. Las ! comment vous parler de ces solos gorgés d'effets, subsoniques, glauques et hallucinatoires ! On ne peut pas, alors on se contente d'écouter : de contempler. Pareille architecture, aussi imposante et apeurante soit elle, renferme toutes les ivresses du monde ... pour peu que l'on perce l'obscurité qui l'habille, comme de celle drapant le linceul du Temps.
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05/03/2010
Savnock - Theophany (2009)
Intéressant. Voilà un Black Metal technique, auto-proclamé "avant-gardiste", foncièrement hermétique (deux pistes de 22 minutes en moyenne), saisissant aussi bien par sa production que par son écriture, très organiques, sans oublier son inspiration voilant et dévoilant tour à son tour son origine. Inspiration aux racines plongeant au coeur de cette sobre pochette, dont la source semble renvoyer à la liberté première, métaphysique, du Néant à faire advenir ce qui est ; sorte de liberté mé-ontique, incréée, primordiale et inexplicable, dépassant tout entendement humain. Dès la première piste, tout commence un bain de nappes sourdes, hors du temps. Puis la blême lueur des clochettes fends l'abîme aux vagues rumeurs, aussitôt engloutie par les ténèbres, à elles-même révélées. Le Néant laisse alors place au Quelque Chose, l'espace sonore s'emplit de riffs névralgiques, fruits d'une volonté, grain délicieux, âcre et millénaire, tantôt coalescents et compacts, tantôt plus atmosphériques, toujours poignants, étudiés et mystérieux.
Par cet espace clôt que circonscrit l'œuvre d'art, par cette Tabula Rasa radicale de toute rationalité et de séparation faite entre le signe et l'image se déroule un mystère insondable, ce qu'il me semble être un processus théogonique aux multiples ramifications instrumentales. C'est à dire : l'apparition de l'Être à un Néant lui préexistant, condition originelle de sa venue (coucou Böehme !). Ce même fondement ineffable qui, imprimant aux énergies gisant au sein de l'Etant, vase clôt du multiple, sa marque, son irréductible principe d'irrationalité en tant qu'éternel ressaisissement des ténèbres, provoque une dynamique de terreur s'exacerbant à mesure que l'auto-distinction des forces s'opère au sein de la divinité, alors engagée dans sa prise de conscience propre. En gros, les riffs convulsent, syncopent, mugissent, explosions orbitales en surplomb des gouffres ; saisissent à la fois de leurs rétractions et de leurs dissonances lointaines, âcres, comme d'un contrepoint nostalgique sonnant aux membranes de l'âme.
Angoisses, colères, agonies souffrées, longues plaintes déliées en lancinances d'un Ailleurs, vertiges d'une représentation dont la chute abaisse la trame du temps, entrecoupées de gouffres aux lumineux violons (des samples quoi) ; voilà ce que Savnock carde et brode sur cette toile, mêlant Black Metal plus ou moins progressif et Dark Ambient minimaliste. Étonnant qu'ils soient Américains, tant leur musique me paraît Allemande...
Par cet espace clôt que circonscrit l'œuvre d'art, par cette Tabula Rasa radicale de toute rationalité et de séparation faite entre le signe et l'image se déroule un mystère insondable, ce qu'il me semble être un processus théogonique aux multiples ramifications instrumentales. C'est à dire : l'apparition de l'Être à un Néant lui préexistant, condition originelle de sa venue (coucou Böehme !). Ce même fondement ineffable qui, imprimant aux énergies gisant au sein de l'Etant, vase clôt du multiple, sa marque, son irréductible principe d'irrationalité en tant qu'éternel ressaisissement des ténèbres, provoque une dynamique de terreur s'exacerbant à mesure que l'auto-distinction des forces s'opère au sein de la divinité, alors engagée dans sa prise de conscience propre. En gros, les riffs convulsent, syncopent, mugissent, explosions orbitales en surplomb des gouffres ; saisissent à la fois de leurs rétractions et de leurs dissonances lointaines, âcres, comme d'un contrepoint nostalgique sonnant aux membranes de l'âme.
Angoisses, colères, agonies souffrées, longues plaintes déliées en lancinances d'un Ailleurs, vertiges d'une représentation dont la chute abaisse la trame du temps, entrecoupées de gouffres aux lumineux violons (des samples quoi) ; voilà ce que Savnock carde et brode sur cette toile, mêlant Black Metal plus ou moins progressif et Dark Ambient minimaliste. Étonnant qu'ils soient Américains, tant leur musique me paraît Allemande...
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FLAC
16/02/2010
Prevalent Resistance - The Eternal Return (2008)
Marre du black finlandais de tafiolle estampillé trve, type Archgoat, Sargeist, Satanic Warmaster et compagnie ? Horna est il le seul à trouver grâce à vos yeux, d'entre tous ces machins sans aucune consistance ? Un tiers aussi talentueux vous ferait il défaut ? Alors cet opus de Prevalent Resistance vous est nécessaire. Voilà leur dernier album, le plus abouti, et, probablement, le mieux produit. Du black composé et maîtrisé, avec un son massif, nucléaire et sulfureux, une basse volubile aux phrasés secs et insistants, et surtout, surtout, cette technique du legato portée à pleine maturité, contrastant avec d'autres riffs catchy plus typés rock/punk. Ces longs trémolos suspendus ont un souffle qui paraît ne jamais vouloir s'éteindre, à croire que la flamme des 90's se soit définitivement transformée en un brasier triomphal. Loin d'être noyé par des blast-beats répartis avec intelligence et autres descentes de toms apocalyptiques, "The Eternal Return" signe l'organicité de chaque pièces-titres, l'équilibre de chaque compositions, l'inlassable tension au lead de bravoure. Un muscle bandé dont on ne se lasse pas d'admirer le lustre noir, la pureté misanthrope : paradoxe manifeste de la -trop rare- réussite de tout groupe de raw black qui se respecte. Là où le titre éponyme touche au mystique et la piste de clôture, à une remarquable intelligence atmosphérique, toute en lancinances et en nostalgie, Prevalent Resistance montre qu'il a tout compris, et décolle haut, très haut dans le ciel finlandais.
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