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20/01/2011

Jean Sibelius - The Symphonies (2006)


Non pas une, ni deux, mais l'intégralité des symphonies de Sibelius ( jouées par l'orchestre symphonique de San Francisco et conduites par Herbert Blomstedt (de 1989 à 1995) pour vos belles oreilles de lapin de garenne. La prise de son, limpide, ample, tout comme l'exécution, mesurée mais passionnante, sont simplement idéales pour ces pièces à la pureté minérale. Chacun de ces joyaux témoignant à sa façon un amour profond de la nature, de ses forces et de ses mythes (écoutez donc le grandiose Tapiola, l'une de de ses dernières oeuvres, pour vous en convaincre), depuis la première symphonie très tchaikovskienne, ses transports aériens et ses motifs épiques (pourtant Dieu seul sait à quel point je n'aime pas utiliser ce mot), jusqu'à la septième, véritable chef d'oeuvre d'un seul petit bloc, le panthéisme dans une vingtaine de minutes, aux transitions entre les climats si imperceptibles, imprévisibles et raffinées qu'elle en devient déroutante. Oeuvre qui pourrait à elle seule résumer la musique symphonique du finnois: Romantique sans jamais tomber dans le pathos, organique sans manquer de mystères (quatrième et cinquième), au langage emprunt de classicisme mais formellement moderne, vertigineuse, spectaculaire dans les paysages qu'elles dépeint, sans être totalement hermétique aux tourments humains. Pure, vaste, belle comme la Terre. Et ouais mon gars.

Je recommande l'intégrale à tous, particulièrement à ceux qui ont apprécié les poèmes symphoniques d'Arnold Bax, et dans une moindre mesure, les symphonies de Tchaikovski ou les quatre premières de Mahler.

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16/10/2010

Nils Økland - Straum (2000)












































Nils Økland est un artiste fascinant. Violoniste de son état, le hardingfele (sorte de violon traditionnel norvégien) ne connaît aucun secret pour lui : ses modulations épurées donnent, aux morceaux qu'il écrit, leurs textures et leurs motifs diaphanes, nourrissent de leur matière sonore des atmosphères tantôt aériennes et insaisissables (ah, "Månelyst", "Straum" et "Skystudies"), tantôt sombres et menaçantes ("Understraum" et son harmonium au grondement terrifiant), toujours contemplatives et profondément poignantes. Il vînt même jusqu'à s'illustrer en live avec Supersilent, "The Wire Session Live" qui fût retransmis par la BBC Radio 3 dans le courant de l'année 2000. "Straum" donc. Økland livre ici un diamant transgenre, finement ciselé, au carrefour de la musique traditionnelle norvégienne et de la musique contemporaine. Accompagné de l'ethnomusicologue Sigborn Apeland à l'harmonium et au piano, de son frère Torbjorn Økland à la trompette et à la guitare acoustique ainsi que de Pal Thorensten à la contrebasse, tous s'attachent à conjurer brumes et épiphanies matinales, miroitements à la surface des lacs (clichés über alles !) et mélodies douces-amères (la magnifique "Gråtaslag"), que la délicate voix d'Asne Valland vient illuminer (les stupéfiants "Svev" et "Var", beaux et justes à en pleurer). Jamais cordes de l'âme n'auront vibré avec tant de tendresse.

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14/10/2010

Hespèrion XXI - Diaspora Sefardi : Romances & Musica Instrumental (1999)





















L'anthologie Diaspora Sefardi poursuit le projet humaniste d'Hespèrion XXI : sauvegarder ; quelque naïf et beau que soit l'idéal de sauver une musique essentiellement orale et improvisée en la "fixant" sur CD et en "figeant" cette mémoire culturelle ; musique et mémoire qui étaient, rappelons-le, choses originellement mouvantes, actualisées au jour le jour, sans cesse réinterprétée pour l'une et contextualisées pour l'autre dans le quotidien d'un peuple ; de sauvegarder, dis-je, un héritage musical menacé et, peut être, déjà moribond.

Cette anthologie déploie ainsi un large éventail des chansons et romances des séfarades d'Orient, de ces juifs espagnols qui, expulsés en 1492 par décret royal des couronnes de Castille et d'Aragon, émigrèrent vers l'Afrique du Nord, l'Empire Ottoman, le sud de la France ainsi que l'Orient Méditerranéen, en général. Au fil de ces pérégrinations et de ces changements de cadres, se développèrent une langue, une littérature et une musique séfarades, une culture à part entière, laquelle, si elle s'enrichissait effectivement d'une somme d'apports culturels non négligeable (culture arabe/nord-africaine, grecque, turque, bulgare, roumaine, serbo-croate, bosniaque etc) n'en préservait pas moins ses traits fondamentaux, spécifiques : l'identité juive et la conscience de ses origines hispaniques. Un véritable syncrétisme donc, que l'adaptation des thèmes manifeste clairement : la magnifique chanson d'"El Rey de Francia" se trouve être, ainsi, l'adaptation d'une ballade grecque ; lorsque la bouleversante "Porque llorax blanca niña", de plus de 15 minutes, se révèle être une fusion du thème paneuropéen du "Mariage contrarié" hispanique avec la ballade grecque de "la Mauvaise mère". (dixit le livret, très bien documenté et rédigé également en Catalan !)

J'aimerai croire que cette musique - parmi les plus belles et plus pures qui soient, tandis ce qu'elle éclot et enivre de sa plasticité épurée des scories du temps -, par le fait même d'être mise en CD et en circulation, ne témoignerait pas, quelque part, de sa mort. Le sort de la musique traditionnelle comme de la culture orale est sombre, et son appropriation par le numérique est peut être (sans doute) illégitime en ce qu'une telle assimilation l'exproprie de l'espace et du temps dans lesquels elle faisait sens. Un tel post nourrirait donc une illégitimité au second degrés, une illégitimité avec exposant. Une illégitimité malheureuse, tant il est vrai que cette musique fait partie, comme je l'ai dit plus haut, des plus belles et émouvantes que j'ai jamais entendues.

"[...] Beaucoup de ces chansons ont servi comme simple chant de distraction, pour accompagner les moments d'oisiveté ; mais d'autres eurent des fonctions plus spécifiques pour accompagner des moments de cycle liturgique ou vital [...]. Avoir aujourd'hui le plaisir d'entendre ces chants judéo-espagnoles -alors que le monde traditionnel séfarade ne vit plus que dans quelques précaires survivances- n'est pas seulement une invitation à jouir de leur musique et des histoires que nous racontent leurs textes, mais aussi une invitation à réfléchir sur le fait que des exilés ont su durant des siècles maintenir une tradition propre (juive et hispanique), qu'ils ont enrichie grâce au contact et la vie commune auprès de multiples cultures bien différentes".


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18/07/2010

Anton Bruckner - Symphony No. 4 in E flat ("Romantic"), WAB 104 (various versions)



Croyez-vous seulement qu'on puisse parler d'une telle œuvre en quelques mots, pire, encore, en paragraphe entiers ? Je ne me sens pas le courage de présenter toutes les courbes et les aspérités d'une telle cathédrale sonore aussi imposante qu'écrasante. La symphonie n°4 est trop grande, investie d'un souffle par trop inhumain et paroxystique pour que le langage puisse en supporter la marque. Aussi, seul un silence visionnaire serait le plus à même d'en exprimer l'expérience vécue, subie et adorée. La vision qu'en a Celibidache, tout en tempi d'une lenteur extrême, respecte et sublime l'écriture brucknerienne, basée sur la rétention des charges pour leur libération dans un seul et irrépressible mouvement, explosions libératrices emportant l'âme et abolissant la raison. L'unité d'une telle œuvre est un véritable prodige formel ; en effet, celle-ci se construit, se bâtit et s'élève dans une juxtaposition de sentiments tempétueux, contradictoire, mais d'une juxtaposition trouvant une intégration - miraculeuse ? dans une forme monumentale surpassant la somme des parties et les oppositions internes. Plus l'écoute progresse, et plus le sujet s'élève à une hauteur vertigineuse, aux ordres d'un langage musical s'enrichissant, à chaque succession de phrases et de phases, d'une tension à l'absolu toujours plus exacerbée. La 4 demeure l'œuvre mystique par excellence, et quand je dis "mystique", ici le mot reprends toute sa portée : comme si Bruckner, pour retranscrire l'extase, l'extase blanche et terrible, celle-là même qui rompt le principe individualisant, forgeant et formant l'âme en fusion de l'individu parvenu à la pointe de l'harmonique ; ne trouvait dans la contemplation (le motif final, faîte et pointe de l'édifice, n'est autre que la reprise du premier mouvement) que le seul et unique moyen d'atteindre, et de demeurer dans, cet état de trépidation vertigineuse, indicible, et salvateur. La musique de Bruckner, c'est l'aorgique, l'ivresse suprême du désorganique se confondant à l'extrême pointe de l'organique, de cette organisation interne impliquant l'opposition entre les différentes parties de la totalité considérée. Inégalable et insurpassable.

PS : ne vous laissez pas abuser par l'image de disque : en effet, le post mis ici à disposition est en fait extrait d'un double CD présentant et la symphonie n°4, et la symphonie n°9, l'une jouée par le Stuttgart SWR Radio-Symphony Orchestra ; et l'autre, par le Munich Philharmonic Orchestra. Un double-cd à la couverture bleue, mais trop petite pour supporter sa place ici.

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17/02/2010

Henryk Gorecki - Symphonie n°3 "symphony of sorrowful songs" (1992)

http://4.bp.blogspot.com/_umVPctM9AqI/SUzotVMEYXI/AAAAAAAAAx8/Vo3Ct5am0UM/s320/s_3.jpg

Voilà pour Mox (et les autres évidemment ; le salut vous concerne tous).

12/01/2010

Jordi Savall - La Viole Celtique (2009)



The man that hath no music in himself,
Nor is not moved with concord of sweet sounds,
Is fit for treasons, stratagems, and spoils;
The motions of his spirit are dull as the night,
And the affections dark as Erebus
Let no such man be trusted. Mark the music.


William Shakespeare, The Merchant of Venice, Act V, Scene 1.

" La musique exprime et prolonge ce que la parole ne peut plus dire, et le temps filtre et nettoie ces mélodies transmises par tradition orale, de tout ce qui n’est pas essentiel. C’est ainsi que toutes ces musiques, d’auteurs le plus souvent restés anonymes, sont devenues, grâce à leur vitalité, beauté, émotion et charme, indispensables à la célébration des moments les plus marquants des différentes étapes de la vie quotidienne et de la vie de l’homme. Chansons pour vaincre la tristesse ou célébrer les bonnes nouvelles, danses pour fêter les moments de bonheur et de joie, plaintes pour surmonter la perte d’un être cher ou le souvenir d’un fait malheureux, toutes ces œuvres merveilleuses, mais néanmoins fragiles, représentent l’apport sensible et le plus personnel de cultures, souvent marginalisées ou persécutées, à l’histoire de la création musicale. Elles restent et resteront dans nos cœurs, comme les voix véritables et l’esprit essentiel d’une civilisation qui a su et sait garder vivante grâce à la musique, la mémoire et l’âme de son identité historique. "

JORDI SAVALL
Bellaterra, 20 de Février 2009.

Un artiste rare, assurément. Looking for Marin Marais now.

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