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01/03/2014

Yoga - Skinwalker (2012)


Précisons d'abord que le présent album ne contient pas de pistes inédites : L'absence de précisions sur le site du label Holy Mountain m'a initialement induit en erreur et je m'étonnais franchement que la sortie de ce que je pensais être l'héritier du formidable Megafauna ne fit pas au moins autant de bruit, avant que Deneb-tala, merci à lui, me précisait qu'il s'agissait en fait d'une réédition LP du contenu de l'album éponyme et du split avec Ghäst, tout deux sortis en 2008. Ceci étant dit, ne boudons pas notre plaisir, car la qualité du contenu valait tout à fait le pressage. L'homme aux milles potards ayant déjà réalisé une analyse en détail de Megafauna et de la nature si particulière de la musique de Yoga, il m'a semblé bon d'éviter la redite et d'épargner à nos lecteurs un billet qui ne ferait au final que le paraphraser : Penchons nous donc sur Skinwalker et son mélange unique a la croisée entre black metal, dark ambient et pop hypnagogique.

 L'utilisation d'éléments black metal, pas exclusive mais tout de même proéminente sur Megafauna, est ici beaucoup plus rare, en tout cas moins évidente à desceller dans une masse fluctuante et volatile de field-recordings sur-modifiés et de sonorités synthétiques proto-humaines et insaisissables. Trois pistes sur les huit composant l'album répondent par des structures clairement black ambient, sur une base de batterie mid-tempo, de motifs bouclés hypnotisant tissés sur une trame de tape-work : Le Littlefoot et sa batterie pleine d'echos, The Necromancers Goblin Ha' et son arpège phasé et etouffé, et le très planant Emin and Anakim, black ambient lovecraftien de derrière les mangroves pour ceux qui chuchotent dans les ténèbres avant de décoller vers d'autre plans pour passer le salaam (par ondes gsm, vous comprendrez) au gros Azat' et ses joueurs de flutiaux. Qu'on s'entende donc, du black ambient, mais à la Yoga, donc sans vraiment de comparaisons possibles et qui étouffe un peu dans l'oeuf de part sa pertinence tout projet blackoïde qui se voudrait vraiment lovecraftien (de rien, c'était gratuit).

Le reste des pistes fonctionne sur le même mode : Fondamentalement louche et hors de ce monde. Qu'il s'agisse du scintillant Lemurian Dreams et de sa ouate de songes tropicaux, le bien nommé Cosmic Safari ou le délire lofi de Mothman, c'est toujours le fourmillement de sons extra-terrestres qui frappe par sa grande bizarrerie. Là encore musicalement les points de comparaison ne sont pas légion : Matrix Metals et Ferraro évidemment (Clear surtout), mais le ton n'est pas le même, quoique la méthode très semblable. Dans une certaine mesure, mais beaucoup moins touffu, Fungi from Yuggoth (ici chroniqué sur Abet Cuces), sorti la même année que cette réédition, rappelle vaguement les visions hallucinées et colorées de l'ambient cryptozoologique de Yoga.

Difficile ainsi de restituer avec justesse cette qualité de Skinwalker (qui désigne, dans les légendes amérindiennes, une personne ayant le pouvoir de se transformer en bête à volonté) à illustrer la notion d'indicible et d'évoquer l'attirail du fantastique à la Lovecraft via une mise en oeuvre et des thèmes originaux, exploités à nouveau dans Megafauna de façon plus palpable, si je peux m'exprimer ainsi à propos d'un objet comme celui-ci.

 A écouter et acheter en digital ici.

 Pour le LP, c'est sur le site de Holy Montain que ça se passe.

13/09/2012

Dry Valleys - Illuminating Gaze (2010)

Dry Valleys, ou l'art de dérouler sur les deux faces d'une cassette la surface d'un désert électronique et l'ambiance lunaire qui y pèse dessus. Les plateaux accidentés et poussiéreux d'Illuminating Gaze sont parcourus via des schémas de progression assez classiques, gradations linéaires faites de phases s'articulant sur un drone constant. Notez que je ne reproche absolument rien à cette formule: Je souligne sa simplicité parce qu'elle fonctionne à merveille.

Là où je serai tenté de mettre l'accent, c'est sur la qualité des sonorités qui composent les deux faces de la cassette et plus particulièrement la justesse avec laquelle elles sont associées pour donner corps à des paysages vides de vie mais colorés et des atmosphères chargées de mouvements. Une simple bourrasque, un grondement distant cycliquement répété, puis de long faisceaux nacrés qui ondulent et percent le néant gris pour balayer et suggérer les formes d'en bas qui, dénudées de leur manteau d'ombre (ashpl, l'anti-Damasio malgré lui), se réchauffent, s'exhalent en panaches et se diffusent pour scintiller sous des lueurs célestes maintenant plus vives pour former un ensemble dense mais toujours intelligible. Même type de cheminement pour la seconde face,  où se feront toutefois plus nombreuses les phases de dépression allant de paire avec la teinte globalement plus sombre que prend la musique de ce coté ci.

Sonorités douces, hypnotisantes, jamais agressives même lors des pics d'intensité où elles miroitent et se superposent dans un tout à la fois vaporeux comme un nuage et profond comme une mer: Opposition de "thèmes" sonores assez similaires à ce qu'on peut trouver sur Astral Fluid, mais cela n'engage évidemment que moi. Bref, un très bel album à mi-chemin entre ambient, drone, lo-fi et musique psychédélique qu'on peut certainement rapprocher des productions les moins "extrêmes" de James Ferraro, Snake Figures Fan en tête. On n'écoute pas Illumating Gaze, on s'y abandonne, on y voyage et on s'y perd. Ou pas, libre à vous de partir à la conquête des 45 copies produites ou de jeter une oreille ici, par exemple.

17/01/2012

((( vlubä ))) - WHNZ:32:Abramàlaga (2011)


Quels sont les points communs entre Vlubä et les groupes de Witch House? L'amateurisme juvénile et éhonté et les titres d'albums qui ressemblent beaucoup à des problèmes d'encodage ou de message de bug informatique. La différence? Un seul des deux partis vaut la peine qu'on s'y intéresse. À toi de deviner lequel! Après vous avoir noyé dans le drone, je me permets de vous revitaliser brutalement avec de la freak folk noiseuse artisanale bien hardcore: Ce post s'inscrivant dans la graaaaande tradition des entrées traitant de musique psychédélique et bruyante, attendez vous à quelque chose d'assez acide. Free folk, pour la guitare bardée d'effets jouant mal ses motifs simples sur une pulsation binaire hypnotique et appuyée. Ça c'est pour les passages les plus intelligibles qui s'interposent entre les hurlement de larsen à vous faire passer Bird and Person Dyning d'Alvin Lucier pour un album agréable et les bonhommes de Sunn pour des gratteux au son propre: La preuve avec le nom du groupe, ça dégueule de feedback des deux cotés tant il est utilisé, que ça soit en grosses déflagrations massives et gratuites, en riff déguisés, monstruosités à la Haino ou trame sonore pour improvisation alien. Qui miaulent, les aliens. j'aurais bien du mal à vous retranscrire le reste. J'ajouterai cependant qu'on retrouve encore une fois cette ambiance très instable et (en toute logique) onirique commune à beaucoup d'albums de drogues auditives, et c'est justement ce caractère insaisissable et chimérique qui m'enlève les mots de la bouche. Alors qu'on soit d'accord, c'est bancale, je le répète, parfois un peu gratuit (un enregistrement d'eau qui coule et de bruit de sachet plastique pour introduire une piste de noise rock à la Skullflower? Ça marche!) et douloureux pour les oreilles. Mais quand même, quelle folie.

Gata Peluda enregistrée dans une autre dimension tu dis? On te croit sur parole garçon, tout cela n'est pas raisonnable et n'a rien de terrestre. Quelque part entre les oeuvres de jeunesse de Keiji Haino, Silvester Anfang, Yoga, à écouter ou télécharger ici chez mon nouveau fournisseur du moment.

12/04/2011

Skullflower - Orange Canyon Mind (2005)


Plutôt que d'inonder la chatbox de conneries diverses, il serait temps que je m'attarde à nouveau sur l'un des autres essentiels des londoniens de Skullflower. Noise rock toujours, mais pas question de redondance pour autant, la pièce en question n'ayant plus grand chose en commun avec la noirceur incandescente des IIIrd Gatekeeper et Obsidian Shaking Codex susnommés. Moins homogène, plus noise, peut-être plus riche en sonorités aussi, les bains de feedbacks poisseux ayant été remplacés par des crépitements électroniques, des souffles électriques et des vagues de parasites passées à la moulinette. Couche parasitaire, qui, lorsqu'elle ne transforme pas simplement la piste en cacophonie overdrivée (Forked Lightning, ou comment jammer intensément dans une baie de serveurs pendant que la bonne passe l'aspi'), sert de toile de fond aux guitares hyperfuzzées, grooves simples et efficaces à peine soutenu par une batterie inaudible (Orange Canyon Mind) ou leads grésillantes s'exprimant toujours en dialecte wha-wha, aussi allumées qu'un pétard à la salvia (Star Hill). Survoltée mais ouvertement psychédélique, l'humeur générale de la bête oscille et glisse entre les extrêmes de façon incertaine, entre batifolage euphorique, aventure en territoire mystique, malaise étouffant et inquiétante perte de contrôle. Aussi délirant qu'Electric Heavyland mais sans le coté parpaing sur la tronche. Si j'étais lolilol et que je voulais continuer à cultiver mes tares rédactionnelles, je dirais qu'il s'agit d'un enregistrement de la fée électricité qui voyage sous psychotropes, et qu'il faut donc en profiter.

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26/02/2011

Ash Ra Tempel - Ash Ra Tempel (1971)





















Hambourg, mois de mars 1971. Trois jours durant, trois hippies en jeans baskets, sorciers de leur état, déchaînèrent les forces occultes sur la surface du globe, évènement qui devait rester, aujourd'hui encore, sans commune mesure. Manuel Göttsching, guitariste d'exception et leader du groupe, accompagné d'un Schulze inébranlable aux percussions, tout fraîchement sorti de Tangerine Dream, ainsi que d'Hartmut Enke à la basse, respirèrent, ces jours-là, l'air d'autres planètes. Émettons une platitude, une saine et salutaire platitude - car nul, en ces lieux de débauches sensorielles, ne doit ignorer la venue du Très-Haut, l'investiture au trône du Serious Fucking Business et de tous les trônes et discothèques du monde connus et à venir : ce disque n'est pas un disque. C'est un aérolithe. Considérez le "monstre", ainsi qu'on le qualifiait à l'époque : deux faces. Deux morceaux, 20 minutes en moyenne. Face A, "Amboss" : propulsion verticale, hendrixienne, incandescente et improvisée, pour ce nul part, "là" où l'air manque et où la pression te vaporise; terrifiante dilatation/expansion du soi rompant en une seule et unique déflagration ton principium individuationis de punaise. Et, dans cet ahurissant maelström de feedback, d'effets d'échos et de soubresauts de wah-wah(tu la sens, ma pédale CryBaby à 12:50 jeune pédé?!), de tout abîmer dans le feu. Face B, "Traummaschine" (ma préférée, sans doute) : découverte de continents astraux et de tombeaux égyptiens en environnement fermé, claustro mais incompréhensiblement vastes, où le disciple, de nuages empoussiérés qui se soulèvent en filaments arpégés de toiles d'araignées électriques, de sépulcrales plages électroniques en litanies mystiques étirées et lointaines, d'échos de gouttes d'eau ruisselantes en émergences soudaines de solo criant leur panique, comprend que le tombeau d'Ash Ra Tempel se referme (s'effondre ?) sur lui. Vous n'en reviendrez pas, captifs de toute éternité. Allez en paix.

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25/02/2011

Kuxan Suum - Kinich Ahau (2010)



































J'en ai connu des releases obscurément occultes, crûment, passionnément cinglées. Mais là, laissez-moi vous dire qu'on en tient une de sacrément cramée, le genre de piste fucked-up du début à la fin qui t'fait écarquiller des yeux, éberlué par ce qui te passe entre les oreilles. Et je baise mes pots (quelles salopes ces pots). Avec ces 17 minutes, Kuxan Suum pourrait être aux ricains ce que Vucub Came serait aux français, pour te donner un ordre d'idée. Seulement, là où Vucub Came t'empoissait l'esprit avec son ritualisme tout droit sorti d'un caveau maya, Kuxan Suum donne dans un registre odieusement aigüe (surtout ces premières minutes aux arpèges électriques, gare aux malheureux frappés d'hyperacousie), parfois distinct dans ses breaks mais chaotique as fuck dans ses emballements/débordements, qui n'arrêtent pas de déployer des filaments de grattes réverbérées qui s'étiiiiiiiiiirent en ponts stellaires transperçant les nuées, effets en sus, si bien que tu te retrouves au cœur d'une tempête supersonique furieusement psyché, crade, et totalement barge. Bon, la voix peut gonfler, elle fait très Silencer (on peut pas être parfait non plus). Par contre ce groupe ferait parti d'une espèce d'Inner Cercle local (Californie du Sud), le Black Twilight Circle, qui regrouperait une poignée d'artistes de cette trempe (un split 6-ways incluant Ashdautas, Volahn, Arizmenda, Kallathon et Axeman, intitulé "Worship Black Twilight" est sorti en 2009 sur le label Crepúsculo Negro/Vukub Kaquix - http://vukubkaquix.bigcartel.com/). Après vérification, semble que ce soit souvent le même mec. A surveiller de près, donc.


Achetez ici / MP3(256 Kbits/s)

20/02/2011

Acid Mothers Temple - Electric Heavyland (2002)



Alors ok. Typiquement le genre d'album qui ferait passer pour grises et triviales mes expériences oniriques les plus dingues, à base d'omniscience divine ou d'expansion du moi sur un plan infini. On doit cette came à une bande de hippies barbus (!) et accessoirement japonais (!!) fortement influencés par le psychédélisme fin sixties et le krautrock allemand. Ça, rien qu'aux titres vous deviez déjà l'avoir deviné. Maintenant: AMT, Japon, space rock, drug music, tout ça donne quelques idées sur ce à quoi on est en droit de s'attendre. Oh oui. Du space/noise rock ahurissant d'intensité et complètement dingue, overdose d'overdrive, cul dans le cosmos et plaisir des sens en trois grosses doses.

Allumez votre lampe à bulles, laissez un peu de lumière pour prévenir le bad trip, installez vous confortablement dans votre fauteuil en moumoute orange et croquez à pleine dents dans ce fruit aux couleurs bariolées. Ne vous laissez pas tromper par le chant faussement enfantin et étrangement distant de ces choses sans visages qui flottent à proximité, dans quelques secondes vous serez propulsé façon fusée dans une autre sphère de conscience où il faudra faire une croix sur tout ce qui vous servez de repères en habituellement. Pour un temps les choses qui vous ont accueilli vous serviront de guide avant de se dissoudre et de s'abandonner elles aussi dans cet indicible chaos, brouhaha étourdissant où les improvisations hendrixiennes sans commencement ni début fusent comme des comètes, se vautrent dans ce bain coloré de matière vivante électrique, frottent la voûte des percussions pour émerger et exploser à nouveau dans un déchaînement d'éruptions wah-wah et de râles euphoriques.

Inutile d'essayer de comprendre quoi que ce soit. Vous n'en aurez pas le temps. Contentez vous de jouir. Dépêchez vous de peloter les sirènes de l'espace aux formes généreuses - elles vous le rendront bien - avant de devenir complètement gaga de bonheur, cogné de plein fouet par une rythmique écrasante, qui roule sa caisse au milieu de son cortège de fulgurances non identifiées, et anéanti par une nouvelle charge crescendorgasmique encore plus fiévreuse que la précédente.

Lessivé, vidé, euphorique et à bout de souffle, il vous faudra résister à ce qui semble être un méchant retour de flamme au début de "Phantom of galactic magnum", mauvaise vague qui s'abat pour vous punir d'avoir joui de tant d'extases. Fausse angoisse, c'était juste une façon de garder le meilleur pour ceux qui était vraiment prêts à communier corps et âmes avec le monde fantastique d'Electric Heavyland. Pour parler crûment, putain d'orgiaque.

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19/02/2011

Aun - VII (2010)





















Coucou impromptu au business ! (eye'm still watching you brotha !) Ayant enfin reçu le bébé, j'm'en suis tracé un rail pas plus tard qu'hier soir, main gauche portant le jack daniel's aux lèvres et doigts de pied en éventail. Et décidément, ça aurait été vache de ne pas vous en faire profiter, à vous, spectre hâves et émaciés, consumés par votre soif de drug music... car ce VII du québécois Aun se pose comme un petit nirvana en soi, l'équivalent massif, texturé et dronien des finlandais Dark Buddah Rising, le p'tit feeling Amon Düülien en moins pour un truc plus incandescent, distordu et frontal, potards dans le rouge et tout amplis dehors, jouant sur les strates et les couches, un peu genre Menace Ruine qui aurait délaissé ses hardes de néo-mystiques médiévaux pour une collusion avec le shoegaze, ouais, ou alors Nadja qui ferait du gringue à Jesu.... au menu de ce matin : bacchanales fuzzées, orgies de feedback à en donner le vertige, drone guitares aux enchevêtrement craspec et aux dérives ambient, propulsées par une rythmique heavy de bon aloi... tour-à-tour tellurique et céleste, Aun vous soulève dans la stratosphère de ses colonnes électroniques mirifiques, bien kösmisches dans l'âme, pour mieux vous dissoudre dans ses brouillards enfumés, micro-tempêtes chaotiques sur lit de distorsion. Gare à la descente.

Buy it here / FLAC

30/12/2010

Silvester Anfang - Kosmies Slachtafval (2007)


Alors que tout le monde est en ce moment trop occupé à célébrer la nativité de notre suzerain et à jouir du faste orgiaque des festivités de fin d'année, j'introduis en lousdé un produit de contrebande belge qui saura satisfaire pour un temps les ardeurs des canailles pas encore assez rassasiées par les flots de liqueur au foi gras d'oie catholique.

De quoi est faite cette came? Deux longs titres qu'on pourrait traduire, si ce que l'on trouve sur le web est correct, par "Mon père était un loup et ma mère une pute" et "jam pour le jeune Satan", deux pistes coupées à la hache, pour environ 45 minutes d'une espèce de free folk bâtarde, de krautrock camé complètement hallucinant.

La pulsation omniprésente des percussions tribales et du tambourin s'occupe de donner le bon rythme et les bonnes couleurs à tout ce bordel de sonorités psychothropes, depuis les mantras de guitares -soutenues quelques minutes par les nappes d'un orgue assez discret- parfois aussi bavardes que leurs cousines moins consanguines d'Ash Ra Tempel, jusqu'aux drones planant dans lesquels résonnent de drôles de râles, hum. C'est plutôt sombre, louche, c'est même un peu crasseux comme petite cérémonie. Mais rien de bien méchant. On y prend très vite goût d'ailleurs. D'une justesse assez relative lorsque les grattes arrêtent un peu de baver leurs feedbacks magiques pour se concentrer sur des motifs plus mélodiques, c'est vrai.

Mais alors qu'est ce que c'est bon, une vraie bouffée d'opium frais. Un trip musical pas très sain improvisé par des freaks rigolos qui ont du pas mal carburer à l'Amon Düül en poudre. Une régalade pour tout les pervers qui moussent à la lecture des mots "rituel" et "occulte". Ah oui, en parlant de pervers: Matez-moi un peu cette pochette. Ceux qui comme moi ont apprécié le "Silver Apples" dont a parlé Arlie devraient peut-être aussi y jeter une oreille.

Acheter ici.

15/12/2010

Silver Apples - Silver Apples (1968)



Quand je suis décidé à replonger un peu dans mes premières amours du psychédélisme des sixties, ça donne entre autres Silver Apples, duo formé de ces bien braves New-yorkais de Simeon Cox II et Danny Taylor, noms que vous aurez déjà oublié à la ligne suivante.
Fis des structures rock habituelles, d'éventuels chorus grotesques sur guitares inflammables. Ils s'étaient plutôt décidés, les salauds, à faire dans le minimalisme et l'électronique primaire sur des machines home made. Envoyant de gros clins d'œil à ce qu'allaient faire ensuite les krautrockers allemands, ils livraient en 1968 leur premier album éponyme fait de mélodies bancales, de nappes d'oscillateurs interminables, de quelques samples hors-sujet et de voix complètement perdues dans le brouillard sur ces rythmes de batterie qui n'en démordent pas dans la démence... Avant de littéralement se crasher en 1969, descendus par la Pan-Am, laquelle ayant modérément apprécié la première couverture de leur second album. C'est pas grave vu qu'ils avaient quelques années d'avance sur leur temps. A écouter 4 ou 5 fois de suite pour rendre le matraquage efficace.

Pour ceux qui aiment : the United States of America, la musique psychédélique, un zeste de minimalisme, la possibilité d'une cousinade avec le krautrock, la bonne époque où Pluton était une planète.

Il existe aussi une compilation contenant cet album et le suivant de 1969.
Et dépucelage réussi, je l'espère.

10/12/2010

Murmuüre - Murmuüre (2010)



Alors là les mecs, accrochez-vous à vos slips, car question enregistrement tordu ça se pose là. A l'heure où Burzum chie dans la colle avec un dernier album merdique au possible, Murmuüre vous sort l'enregistrement BM le plus COOLOS de l'année. Désinvolte mais irréductiblement louche et douteux, transversal quoiqu'intègre, viscéral MAIS viral sous toute ses coutures - comme d'un poison hallucinogène, faussement glucosé quoiqu'indubitablement kitschoune, directement injecté dans ta veine jugulaire, aux effets aussi contradictoires que guts on da'table : langueur, nausées, extase, frénésie, rictus fendant ta face gazéifiée façon bouillie cosmique (spiralée, la bouillie) dans l'aube scintillante des boucles synthétiques (les "Torch Bearer" et "Disincarnate", saisissants). Ouais, rien que ça et bien plus encore ; Murmuüre, c'est avant tout une ode à l'onirisme parasitaire et dispersif, lo-fi tourneboulant tes neurones à grands coups d'ondes écharpées et de claudications rythmiques. Et ça fait du bien. Vraiment.

Non mais matez-moi st'allure ! D'la riffaille fuzzy, texturée, fruit d'improvisations, lambeaux disjoints et décharnés se superposant en d'improbables couches, qui à leur tour laissent émerger de monstrueux embryons mélodiques ; une distorsion âcre et retorse, crachin dissolvant ; des cuts dans tout les sens venus rompre les schémas d'écoute conventionnels ; un pianotage ambient mélodique (Eno potache et teenage s'excitant sur du matos déglingué) baignant ce météore noisy de piscines d'arc-en-ciels baveux ; sans oublier ces plans de batterie chaotiques (tantôt BAR, tantôt live) et de guitares, enregistrés séparément à des moments et/ou dans des lieux différents, qui viennent se compénétrer dans une orgie sonique goulue, onirique, psycho-foutraque (pour ne pas dire capharnaümatraumatique) complètement barge ! Chacun de ces éléments se fond, fusionne et se reverse l'un dans l'autre dans une intégrité et une densité psychédélique à nulle autre pareille, imprévisible, incontrôlable, tour-à-tour abstraite et charnelle (et charnue, ô combien ! la couenne est épaisse et généreuse). Ça ne ressemble à rien de connu, la typicité sonore est totale, la singularité itout.

Et ce patchwork insaisissable, overdubbé à ras-la-gueule (je sais pas comment le gus s'est démerdé pour lier toussa en un tout écoutable et cohérent, mais chapeau) regorge de moments épiques, il y en a même à foison ! genre l'intro flûtée de "Primo Vere", suivie d'une litanie vocale équivoque se modulant peu à peu en aigües électriques, "Améthyst" et ses vocaux surplombant l'épilepsie sonore, l'"Adieu au Soleil" dans l'intégralité de ses 6 minutes surréalistes et fiévreuses as fuck, qui inverse la pesanteur dans une déflagration ritualistico-BM te propulsant cul par dessus tête dans l'espace multicolore, parmi les poissons fushias têtes-de-mort et les baobabs célestes... obsédant, obsessionnel, impulsif et compulsif, rituel et bancal, WTF² et plus entier que ma caboche après ma cortectomie routinière, nul doute qu'après avoir pondu un truc pareil, ça sera dur de maintenir la barre au top niveau... car pour un coup d'essai (oui oui), c'est bel et bien un coup de maître.

Buy or die / FLAC