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09/08/2011

Incarceration By Abstraction - The Flying Luttenbachers (2007)


Dans quoi pourrait on classer cette petite chose hybride? Il serait difficile en vérité de limiter cet album à une sphère musicale particulière (c'est visiblement vrai pour les précédents) tant il semble graviter de l'une vers l'autre avec la même aisance: une jambe dans le free jazz, l'autre dans le math rock, effleurant parfois du bout des doigts le grind de Naked City. Sacré mélange que l'on doit à Weasel Walter qui pour le coup a tout simplement enregistré et exécuté seul l'intégralité des pistes en l'absence de ces compagnons de jeux habituels. Figurez vous d'abord un couple basse/percussions particulièrement puissant, l'une aussi grasse et remuante que l'autre est nerveuse, tisseuse de grooves survoltés qui n'hésite pas à aller chercher le blast lorsqu'il est nécessaire. puissance de feu non négligeable soutenant, seule ou accompagnée d'un orgue, les tapisseries inextricables et presque anguleuses de motifs robotiques tissées par des guitares aux timbres multiples, assez folles, désarticulées et mécaniques pour concurrencer celles d'un.. Buckethead (par exemple, sur The Cuckoo Clocks of Hell ou Kaleidoscalp), et les déchirements hystériques d'une clarinette tellement zornienne que je l'ai d'abord prise pour un saxophone. Hystérie panique qui s'interrompt parfois pour laisser place à quelque chose de plus conscient venant tendre et noircir toute cette belle machinerie. Quelques discrètes touches d'electronique et de noise parachèvent enfin d'affirmer son caractère foisonnant et chaotique à un ensemble qui tient davantage du bordel savant et calculé que de la cacophonie bête et méchante, contrairement à ce qu'on serait tenté de croire en me lisant. Christian Vander dans un Gundam retapé. Cool. Écouter ou acheter ici. Plus de copies physiques (500 exemplaires), malheureusement!

06/05/2011

The Jazz Composer's Orchestra - S/T (1968)
























Ce disque n'est pas un disque (c'est pour cela que je l'avais proposé il y a fort longtemps à Ego), c'est un capharnaüm lyrique de milles complaintes s'élevant et se répondant dans des bourrasques d'intensité pure, déferlantes majestueuses de sang et de fer qui, pourtant, réalisent l'exploit de ne jamais rebuter une seule seconde. Cette chronique n'en est pas une (NON SANS BLAAAGUE), et comme je suis trop vanné pour faire un quelconque effort, je vous renvoie à celle du site Guts of Darkness, très complète et très bien faite. Tremblez mortels...

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02/05/2011

The Lounge Lizards - s/t (1981)


Après l'avoir particulièrement remarqué dans Stranger than Paradise et Down by Law, que de tristesse je fus parcouru quand je vis que John Lurie n'avait pas non plus tourné dans pléthore de films. Décidant de surpasser au plus vite ce tracas, je me rappelai qu'il était aux manettes pour les bandes originales de ces films (au moins un) et constatai qu'il savait jouer de l'alto.
Les lézards de salon étaient donc composés à l'époque, de gauche à droite, de Arto Lindsay (guitare, ex-DNA), Evan et John Lurie (claviers et alto), Anton Fier (batterie) et Steve Piccolo (basse).
Et ceci correspond probablement au jazz que je préfère : tout à fait savant et capable d'introspection, dans la dérision grotesque (Do The Wrong Thing) ou dans l'hommage appuyé (les deux interprétations zorniennes de thèmes monkiens*). On trouvera aussi de ces morceaux stéréotypés jazz urbain mélancolique comme les deux premières pistes de l'album ou la ballade. En vérité, en y réfléchissant, je dirai que la volonté des artistes a été d'offrir une palette assez complète (quasi-scolaire ?) des registres dans lequel le jazz peut opérer, de la ballade mélodramatique au grand bordel dont on a perdu la trace de la raison, moqueur, obsédé, fiévreux et emmerdeur.

Très agréable surprise donc, intéressant pour les initiés mais aussi très accessible aux novices me semble-t-il. Je suis toutefois d'accord avec les quelques critiques que j'ai lues qui déplorent la moindre présence d'Arto Lindsay que ce qui était initialement prévu, assez dantesque pour tout ce que j'ai écouté de lui jusqu'à présent.

FLAC 1 | FLAC 2

*Très S-F tout ça

21/03/2011

Diablo Swing Orchestra - Sing Along Songs for the Damned & Delirious (Ascendance 2009)


En 2007, Diablo Swing Orchestra avait redonné un sérieux coup de jeune (ou de vieux, c'est selon ...) à la mal nommée scène "Jazz-Metal", en prouvant simultanément :
- que boogie et disto sont non seulement hautement compatibles, mais se passent volontiers de mesures composées et arpèges à la con ;
- que le Metal peut plaire à ta maman ;
- que les filles peuvent chanter du hard sans ressembler à un cosplay très très fauché, selon les cas, de Galadriel ou de Sauron.
Ça s'appelait "The Butcher's Ballroom", et pour le cours de rattrapage, ça se télécharge légalement ET gratuitement sur Jamendo !
Rebelote en 2009. À nouveau, un seul principe central : le fun. Diablo Swing Orchestra est l'opposé de ces groupes pseudo-cérébraux qui te pompent l'air en montrant qu'ils ont bien appris leur solfège, ou qui se raccrochent tant bien que mal à leurs lectures pubères pleines de dragons, de grandeur et de majesté pour te tartiner de la nappe orchestrale superflue ou une soprano qui n'a jamais rien écouté d'autre que la Reine de la Nuit. Ici, le swing côtoie la valse, le flamenco et les chansons à boire sibériennes ; de manière tout à fait superficielle, assumée et revendiquée comme telle. Il faut que ça rebondisse, que ça surprenne, que ça soit drôle, que ça prenne aux tripes et que ce soit instantanément gravé dans la mémoire de l'auditeur. Diablo Swing Orchestra, c'est une gratte pachydermique qui accompagne une section de cuivres (et pas l'inverse) sur un rythme foutrement cha-ba-da ; c'est Annlouice Wolgers, gothic-lolita de cabaret déglingué, qui chante comme une gamine en voix de tête et hurle sa haine des végétariens et son amour de l'absinthe ; c'est un truc qui va te faire sursauter, te foutre la pêche, te coller un sourire à la con pour le reste de la journée, et qui ne s'encombrera jamais de savoir si l'ambiance est trop ou pas assez "malsaine", "énergique", "psychédélique" ou "acérée". Et quand on sait que pour ce petit bijou, le distributeur ne demande que 9£, frais de port compris, pour n'importe où dans le monde ... Y'a pas le choix, il faut que ça tourne. C'est le printemps, quoi, merde !

En une phrase : "Bring the cookie, kill the cookie, who's the cookie, I'm the cookie !"

Acheter à un prix ridiculement bas / FLAC

31/01/2011

Thelonious Monk Quartet Featuring Johnny Griffin - Complete Live At the Five Spot 1958


Les ouvrages sur le jazz sont assez rares pour être soulignés, encore plus quand ils sont français, avec Une Anthropologie du Jazz par Jean Jamin et Patrick Williams. A défaut d'être exhaustifs (ce qui ne fut pas dans leurs intentions), ils y abordent foule de points sur le jazz, de sa création à sa diffusion, avec différents écueils à traverser (notamment dans ces sections sur Billie Holiday ou Django Reinhardt, très intéressantes) qui sont aussi prétextes pour nous lecteurs de saisir un peu les private jokes et anecdotes qui se cachent derrière bien des pistes et albums.

J'ai un peu de mal à quantifier l'influence qu'avait Thelonious Monk sur ce qui était diffusé de sa musique. La foire d'enregistrements trouvables sur le net comme dans les bacs a tendance à vite éparpiller l'auditeur au milieu de disques dont il ne sait pas si ce sont de bêtes compilations sans cohérence comme on en voit trop (cf. la pléthore de doublons sur RYM), ou des travaux de regroupement dont on peut saluer l'initiative et le producteur.
Ainsi, entre un Line-Up avec Coltrane et un autre avec Charlie Rouse, Monk forma un quartette avec Johnny Griffin pour plusieurs mois au Five Spot de New York, que j'ai pu découvrir dans l'ouvrage sus-nommé :

"Les séances enregistrées live par le quartette de Thelonious Monk (avec Johnny Griffin au saxophone ténor, Roy Haynes à la batterie et Ahmed Abdul-Malik à la contrebasse) au club Five Spot à New York en 1958 sont d'une remarquable acuité et lisibilité : elles doivent sans doute autant à l'intelligence du producteur et de l'ingénieur du son, respectivement Orrin Keepnews et Ray Fowler, qu'à la bonne acoustique de la salle qui ne réverbère ne ne déforme la production des harmoniques [...] Cela est d'autant plus remarquable que ce sont les premières prises de son effectuées en club - et ce à l'aide d'un matériel professionnel (Ponzio & Postif 1995 : 207) - du quartette de Monk, où l'on perçoit en outre les réactions, les conversations et les allées et venues du public. Il suffit d'écouter l'extraordinaire solo de Monk sur Bye-Ya et les accords qu'il plaque, parfois à contretemps, sur les octaves supérieures du clavier, montant progressivement en dissonance, ou encore la manière dont il fait sonner son instrument comme un carillon derrière les chorus de Johnny Griffin sur Rythm-A-Ning." ( page 272-273, note 20)"

On peut aussi trouver ce double CD (réédité par Lonehill Jazz) sous les noms des galettes Thelonious In Action et Mysterioso, certes un peu dégarnies car plus anciennes...
Et si l'on ne connaît pas Monk, voici ce qu'on pourrait éventuellement en dire : parmi les créateurs du bebop, à l'esthétique unique, occupant l'espace sonore comme personne avec son jeu stride et ses constructions rythmiques comme mélodiques à en faire pleurer les vieux cons puristes de l'époque, travaillant le son et le silence l'entourant comme c'est trop rarement fait depuis 30 40 ans. Véritable ovni impossible à imiter, il illustre peut-être le mieux le fait que le jazz ne soit qu'une série d'erreurs et de fausses notes.


Part 1 | Part 2 (320kbps) mis à jour

14/08/2010

George Duke - The 1976 Solo Keyboard Album



George Duke : figure géniale du jazz-fusion des 70's s'il en est, il fallait bien que j'en parle un peu ici. Généralement connu pour ses participations avec Zappa, Waits et le Miles Davis électrique seconde période, ses expérimentations aux clavier seront le terreau propice à l'avènement du "P-Funk"(ou "pure funk", la constellation éreintante Parliament/Funkadelic), et quand on voit un peu le matos que le bonhomme se trimballe sur cet album solo, y a de quoi avoir le vertige : guitare, piano, fender rhodes, mini-moog, wurlitzer, hammond, et enfin ARP synth ; je peux vous dire qu'on en s'en prends plein les mirettes. Comparativement au reste de son œuvre solo, cet album-ci a le mérite, avec quelques autres, d'être un sans-faute. Aucun déchet. Les sonorités sont délicieusement vintages, avec pas mal d'overdub, portées par un sens du groove propre à faire défaillir n'importe quel frigide. L'approche est complexe, très écrite, sophistiquée, mais on entre dans cet album comme on s'enfoncerait dans une crème glacée aux milles couleurs et textures différentes. Un vrai délice.

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08/08/2010

Electric Masada - 50th Birthday Celebration Volume Four (2004)



Aka la version live, électrique et survoltée de Masada, un des projets de Zorn dans le goût "extreme klezmer free jazz". "50th birthday celebration" est l'initiative de Zorn pour fêter ses 50 années de carrière toutes entières dévouées à la cause du jazz, de l'expérimentation (douteuse le plus souvent) et du bordel sonore sous toutes ses formes. Aux sources de cette publication sur son label Tzadik, toute une série de lives enregistrés au Tonic en septembre 2003. Alors pour les malheureux qui connaissent pas, ruez-vous sur cette sortie. L'intensité et l'osmose entre les zicos sont telles qu'on se croirait débarqués en pleine tempête orgiaque, complètement hallucinée et irrésistible, bref, du free qui encule ta maman avec une classe folle, une finesse ébouriffante. Parmi les prestations les plus remarquables, une section rythmique touffue et hallucinante (Cyro Baptista et Kenny Wollesen), un Ribot complètement transfiguré et frénétique au feeling divin ("Idalah-Abal", "Lilin" sont des prodiges), un Zorn au sax' toujours aussi criard et déchirant, le tout habité par les bidouillages électroniques omniprésents d'Ikue Mori, ça vous fait un sacré creuset aux fulgurances renversantes. Impérial. Masada, un des projets au travers duquel l'excellence zornesque se manifeste avec la plus grande clarté et lisibilité. N'attendez plus.

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26/06/2010

Dave Liebman - Miles Away (1994)



Moins volcanique et strictement "coltranien" que lors de sa période formatrice, mais d'une justesse et d'une spiritualité toujours aussi rare ; Liebman, après avoir déchaîné foudres et tempêtes, se pose et parle désormais d'une mélancolie pénétrante, tranquille, à fleur de notes : maître du saxophone soprano, les reprises se succèdent, lénifient d'harmonies touchant juste, modulant un langage neuf, souple et beau : écoutez donc "Pan Piper", ou "In A Silent Way", ne s'abîme t'on pas dans la même contemplation telle que Charles Lloyd, celui-là même qui initia ce dernier aux arcanes du saxophone, de la flûte, de la mystique indienne, nous avait convié ? Une belle bouffée d'air dans une discographie pour le moins pléthorique, "Miles Away" est fait pour tous ceux qu'une, une seule note suffit à apaiser.

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19/03/2010

Joe McPhee - Nation Time (1971)



Paraît que vous voulez du jazz, alors j'en donne aussi. Mais McPhee c'est pas que du jazz, Mcphee c'est du grooooove et de la soouuuul, du vrai, qui fait danser et donne le tournis. Jazz-funk donc, mais qui en cette année 71, fait plus que simplement border sur le free-jazz. La danse du scorpion, troisième titre, est une danse qui y succombera totalement. Y'a rien à préparer, les 18 minutes de l'eponyme sont là pour ça, avec solos à trouer les murs, un thème principal qui demande rien du tout et t'attrape au lasso pour te traîner dans les percussions (ce passage de la 10e quoi) et te couvrir d'énergie vitale. Une fin géniale en roue-libre post-bop qui se transforme en Shakey Jake, percussioniste additionnel à l'appui, histoire d'ajouter encore du groove, avant que Joe et l'altoïste Otis Green viennent danser et enlacer chacun un fil qui sort de leurs sax autour de ton corps. Toi tu fais toujours rien, tu te contentes d'avoir le volume bien haut et tu te gargarises de musique. McPhee n'a jamais décroché de gros contrat, mais ça change rien au fait que ce type était (et est toujours) un des plus grands musiciens et compositeurs jazz. Démentiel.

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17/03/2010

John Coltrane -The complete 1961 Village Vanguard recordings (1997)

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FUCK YEAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Pour vos beaux yeux, la box 4cd's absolument essentielle, aussi bien pour les afficionados de Coltrane que pour les futurs bénis désirant découvrir l'artiste sans trop y laisser leurs plumes, et comprendre l'essence d'un art, celui d'un jazz cathartique et salvateur. 4 soirées live au Greenwich Village, dont les traces, autrefois disséminées sur une poignée de cd ou de compilations posthumes, se trouvent réunies ici même, dans cette box. 4 heures. 4 heures incandescentes d'un free jazz à l'intensité sans équivalent, joué par ce que nous savons être le futur quartette classique (Coltrane, Tyner, Garrison, Elvin Jones), en plus de quelques alliés, dont Éric Dolphy, Reggie Workman, Roy Haynes, Garvin Bushell et Ahmed Abdul-Malik, rameutés pour l'occasion. 4 heures où les titres, réinterprétés au jour le jour, s'embrasent, illuminent de leur fulgurances, où l'intuition inépuisable, la douleur, le talent et la générosité se toisent d'égal à égal. Nécessaire, tout simplement : le jazz selon Coltrane n'aura plus aucun secret pour vous.

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