We're more popular than Jesus now.
09/12/2010
07/12/2010
Bosse - Echoes of the Forgotten (2008)

Voilà un exercice qui s'annonce délicat: Parler d'une oeuvre aussi profondément douloureuse qu'elle est dépouillée sans faire preuve de trop d'impudeur ni de pathos excessif. Et ce serait lui faire outrage de ne pas s'en garder.
Car ici, si les larmes coulent, elles sont rares, et aussitôt absorbées par les draps d'une alcôve ou le sol d'un caveau. Plus froidement, un album d'avant-folk très minimaliste qu'on qualifiera de particulièrement intimiste. Qui respire le deuil de la première à la dernière des six pistes, mais sans pompe. Ici, pas de déchirements larmoyants, pas de poses indiscrètes, pas d'affliction sonore et éhontée, de nonchaloir amoureux, de cynisme amer ou de pleurnicheries calculées. Expression presque austère d'une douleur secrète et repliée sur elle-même.
Et il est difficile pour quiconque ayant un coeur au milieu du poitrail de ne pas être troublé par cette ruine poussiéreuse aux résonances étrangement humaines, manifestation sonore du désespoir, ces progressions d'arpèges lentes et obsédantes, ces lignes mélodiques languissantes et décharnées, élancements d'une âme peinée asservie au Souvenir, ou qui se sait à jamais effacée des mémoires, motifs monotones qui figurent les épanchements venimeux d'un esprit abattu par l'Absence, répugnante tortionnaire qui s'applique à bercer l'apathique de drones éthérés et pénétrants pour l'engourdir un peu plus et, lorsque la douleur se fait torpeur, quand les passions morbides se refroidissent, lui souffler à l'oreille les échos fantomatiques, les plaintes sans fin de ceux qu'elle a ravi et qui reposent dans l'oubli.
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01/12/2010
Terry Bozzio and the Metropole Orkest - Chamber Works (Favored Nations 2005)

À vingt-et-un ans, Terry Bozzio, recruté par Frank Zappa, était le premier batteur à jouer le cauchemardesque The Black Page. Personnage à part dans le monde de la batterie, il est l'un des pionniers et seuls représentants du symphonic drumming, style de jeu consistant à accorder les éléments de l'instrument entre eux de manière à s'en servir à la façon d'un clavier ultracustomisé. Il développe la technique jusqu'à la folie, transforme son kit en orgue de percussions, et enregistre plusieurs albums drums only en solo ou en duet avec Chad Wackerman (puis en trio avec le même et Marco Minneman). On trouve presque toujours, dans la construction du morceau, comme une signature, une structure relativement similaire : une formule rythmique de base (généralement déjà relativement complexe) tenue par les grosses caisses et cymbales charleston, sur laquelle viennent se greffer des phrases mélodiques de plus en plus complexes, alternant ou superposant rototoms et cymbales chinoises.
En 2003, sur la proposition de Co de Kloet, Martin Fondse adapte certains des meilleurs morceaux solo de Terry Bozzio pour y adjoindre un orchestre de chambre. Ce sera le Metropole Orkest, des Pays-Bas, dirigé par Dick Bakker.
Les fans de Bozzio ayant écouté son Drawing The Circle regretteront peut-être qu'un seul titre soit réellement inédit, mais la présence de l'orchestre apporte suffisamment pour susciter l'intérêt, même pour des pièces que l'on connaît déjà par cœur. Les non-batteurs, même peu intéressés par l'instrument en temps normal, seront surpris de pouvoir l'apprécier si facilement. Le jeu du grand émacié, déjà tout en souplesse et en légèreté (il en faut pour manier un tel bidule !), est carrément soulevé, flotte au-dessus des eaux.
Adapter une série de soli en concerto pour batterie et orchestre aurait pu sembler insensé. Force est de constater que ça marche. Terriblement bien.
En 2003, sur la proposition de Co de Kloet, Martin Fondse adapte certains des meilleurs morceaux solo de Terry Bozzio pour y adjoindre un orchestre de chambre. Ce sera le Metropole Orkest, des Pays-Bas, dirigé par Dick Bakker.
Les fans de Bozzio ayant écouté son Drawing The Circle regretteront peut-être qu'un seul titre soit réellement inédit, mais la présence de l'orchestre apporte suffisamment pour susciter l'intérêt, même pour des pièces que l'on connaît déjà par cœur. Les non-batteurs, même peu intéressés par l'instrument en temps normal, seront surpris de pouvoir l'apprécier si facilement. Le jeu du grand émacié, déjà tout en souplesse et en légèreté (il en faut pour manier un tel bidule !), est carrément soulevé, flotte au-dessus des eaux.
Adapter une série de soli en concerto pour batterie et orchestre aurait pu sembler insensé. Force est de constater que ça marche. Terriblement bien.
29/11/2010
Wrnlrd - Mldthr (2006)

La rareté des apparitions de Phoebus semblant déplaire à quelques frileux maussades qui grelottent ici bas, je me sens donc dans l'obligation de ne pas les réchauffer et d'apporter encore un peu plus de ténèbres infernales qui engloberont une fois de plus ce frauduleux business. Et quoi de mieux pour cela que de parler de ce proche parent ésotérique et mentalement atteint de "Tentacles of Whorror"? Si Leviathan est un monstre, alors Wrnlrd est un possédé. Et de toutes ses productions que j'ai eu la chance d'écouter, celle-ci est à mon sens la plus fascinante.
Mldthr, quoi d'original là dedans si ce n'est le délire numérologique? Car dans le fond, les compositions black de la chose sont très classiques, et jouées de façon on ne peut plus traditionnelle. Riffing primitif, trémolos approximatifs, tempo bipolaire. Agression supersonique ou mid-tempo sournois. Ça claudique comme dans "Myrmidon". J'entends par là une maîtrise bancale qui s'assume pleinement sans user d'artifices pour s'oublier. C'est foutraque, mais c'est habité, et c'est l'essentiel. On mélange à cette base plus ou moins saines des éléments dark ambient grésillants, se révélant efficaces lorsqu'ils tournent seuls mais qui trouvent leur intérêt intégrés dans les déflagrations black sus-citées. On ajoute ensuite les hurlements sursaturés et ininterrompus d'un fanatique en pleine crise mystique. Et on agrémente de divers feedbacks, d'échos spectraux, de samples nauséeux, de hululements et de cris suspects qui résonnent dans ce paysage exiguë où l'au-delà s'y déchaîne, peinture sonore d'une cellule noire ouverte sur l'infini dans laquelle flotterait un persistent parfum d'encens, de sang, de blasphème et d'ectoplasme. Une alchimie suffisamment douteuse qui aurait pu faire de ce Mldthr un album simplement bon si la production, singulièrement synthétique, n'ajoutait pas un certain cachet le rendant encore plus original.
Paradoxe difficilement exprimable d'un son typiquement black mais effrontément lisse et numérique, jamais vraiment nécrosé, ni massif, ni étouffant, ni même explosif, et pourtant loin d'entamer l'intensité générale. Très peu d'effets de textures sont volontaires. Ça grésille, et pourtant c'est plutôt propre et retenu, même si on assiste à quelques débordements lors des brèves accalmies procurées par le ralentissement de la pulsation terriblement sèche et mécanique de la boite à rythme, comme si le flux d'immondices profiterait de ne plus être martelé pour se répandre en dehors du corset qu'on lui a tricoté et exposer sa vraie nature à nos oreilles écorchées par des lignes de guitares tellement gorgées de vices qu'elles tenteraient vainement de les camoufler derrière une contenance ironique. Ce parti pris, peut-être discutable transfigure la chose en une transe hallucinée, instable et polypmorphique mot compte triple, qui cogne ici comme une bête muette, diffuse là sa laideur vaporeuse, dévore et lèche comme une flamme les recoins de votre âme pour y déverser la Folie pure. Et c'est rigolo.
Mystère en plastique fondu, métempsychose* de synthèse? Je ne sais pas, mais je recommande.
*(Kassdédi pour celui à qui j'ai peut-être puisé dans le capital chroniques...)
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22/11/2010
19/11/2010
Deathspell Omega - Paracletus (Norma Evangelium Diaboli, 2009)
"Maudits soyez vous, qui espérez le jour de l'Eternel. Pourquoi auriez-vous le jour de l'Eternel ? Il sera de ténèbres, et non de lumière."
Voici le dernier volume. L'intercession du Malin se substituant à l'Esprit Saint, Paraclet du nouvel âge. Beyond this threshold, life exhausts itself, loves itself.
Sur l'innocence morte, les juges pullulent, les juges de toutes les races, ceux du Christ et de l'Antéchrist, qui sont d'ailleurs les mêmes, réconciliés dans le malconfort.
L'apocatastase, contre-jugement, retour perpétuel, condamnant la vertu au deuil et à la solitude éternels, au silence de l'abîme annoncé par le départ du Rédempteur ressucité ; tandis que celui qui reçoit à temps la révélation, jouit éternellement des raisins de la perdition.
Paracletus est un magnifique chant du cygne, l'annonce d'une fin et, sans doute, d'un recommencement. Difficile de ne pas entendre cet album comme un ultime climax, musical comme intellectuel. Paradoxalement, c'est à la fois l'opus le plus violent et le plus mélodieux du groupe depuis le début de la trilogie. C'est aussi le plus abouti et le plus simple. Deathspell Omega s'est débarrassé de ses derniers mauvais réflexes, a épuré sa ligne de travail pour aller droit à l'essentiel et densifier au maximum son propos sonore. En 42 minutes, tout est dit, et le groupe tire sa révérence par un final grandiose, pétrifiant de majesté.
En une phrase : Here is the pit, here is your pit! Its name is SILENCE...
BUY
Amos 5:18
Voici le dernier volume. L'intercession du Malin se substituant à l'Esprit Saint, Paraclet du nouvel âge. Beyond this threshold, life exhausts itself, loves itself.
Sur l'innocence morte, les juges pullulent, les juges de toutes les races, ceux du Christ et de l'Antéchrist, qui sont d'ailleurs les mêmes, réconciliés dans le malconfort.
L'apocatastase, contre-jugement, retour perpétuel, condamnant la vertu au deuil et à la solitude éternels, au silence de l'abîme annoncé par le départ du Rédempteur ressucité ; tandis que celui qui reçoit à temps la révélation, jouit éternellement des raisins de la perdition.
Paracletus est un magnifique chant du cygne, l'annonce d'une fin et, sans doute, d'un recommencement. Difficile de ne pas entendre cet album comme un ultime climax, musical comme intellectuel. Paradoxalement, c'est à la fois l'opus le plus violent et le plus mélodieux du groupe depuis le début de la trilogie. C'est aussi le plus abouti et le plus simple. Deathspell Omega s'est débarrassé de ses derniers mauvais réflexes, a épuré sa ligne de travail pour aller droit à l'essentiel et densifier au maximum son propos sonore. En 42 minutes, tout est dit, et le groupe tire sa révérence par un final grandiose, pétrifiant de majesté.
En une phrase : Here is the pit, here is your pit! Its name is SILENCE...
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13/11/2010
Coil - Horse Rotorvator (1986)

Trêve de plaisanteries, il est temps de faire honneur à notre nom, avec ce premier chef d'œuvre de Coil, en partageant de la came putain de sérieuse. Indéniablement dérangé et dérangeant, Horse Rotorvator n'en est pas moins un album extraordinairement fun et goûtu, façon grande bouffe, festin de décadence irrésistible. L'album sait aussi nous faire perdre nos moyens à force de sincérité et de beauté pures, comme le montre le morceau Ostia, dédié à la mémoire de Pasolini. Le groupe se réclame également de la descendance de Leonard Cohen, avec la reprise de Who By Fire: sacrée lignée que voilà. Coil s'abandonne sans retenu à sa créativité, sacrifie à l'autel de l'absurde et du grotesque, et se fait tout à la fois bouffon du roi, troubadour et gigolo. Et puis, il y'a Penetralia, peut-être le meilleur morceau du groupe, monstrueux de vice ; il n'est pas mal aisé, à ce stade, de dresser le parrallèle avec Swans et consorts. Animal, furieux, et, par dessus tout, filthy as fuck, Horse Rotorvator est la caverne d'Ali-Baba des égouts de l'humanité.
12/11/2010
Lucifugum - Sociopath: Philosophy Cynicism (Propaganda, 2004)
Les Ukrainiens, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît. Et c'est ce qu'on aime chez eux, d'ailleurs. Plus le temps passe, plus je me dis que la seule cause de qualité ou de merdicité, en ce qui concerne le Rock et ses dérivés, c'est la conviction. Là où une scène de mollusques franchouillards se contente de repomper une énième fois Darkthrone pour faire peur aux mémés avant de reprendre une bière, le salut vient de l'Est. Parce que le peuple a pu souffrir préalablement, la haine peut ressortir lorsque le dernier verrou saute.
Sociopath : Philosophy Cynicism, c'est ça. C'est suivre des codes simples, parce qu'on n'a que ceux-là, mais les suivre jusqu'à la mort. Lucifugum hurle son intégrisme, son dévouement corps et biens à la cause du Black Metal. Mystique naïve d'adolescents de 30 ans qui n'ont que celle-là à laquelle se raccrocher. Le satanisme est une voie par défaut, et c'est ce qui en fait l'unique voie possible.
Tout ça ressort en quelques dizaines de minutes. Sociopath : Philosophy Cynicism est un album fascinant de brutalité implicite, de haine incontrôlée, de riffings bordéliques et d'enregistrement approximatif. Il dégage une énergie palpable, aussi concrète qu'une brique dans la gueule. Aussi kitch, ridicule et intenable que soit le discours, musical et tout ce qui l'entoure, les mecs le tiennent comme une ligne d'horizon. C'est terrifiant.
Pour vous faire une idée, le groupe a eu la bonne idée de nous offrir un clip qui résume à lui seul tout le génie de l'album. Regardez-moi un peu ce bijou (et si vous croyez que c'est une blague, sautez les deux premières minutes) :
En une phrase : je viens de me rappeler pourquoi j'aimais le Black Metal.
Buy / mp3
Sociopath : Philosophy Cynicism, c'est ça. C'est suivre des codes simples, parce qu'on n'a que ceux-là, mais les suivre jusqu'à la mort. Lucifugum hurle son intégrisme, son dévouement corps et biens à la cause du Black Metal. Mystique naïve d'adolescents de 30 ans qui n'ont que celle-là à laquelle se raccrocher. Le satanisme est une voie par défaut, et c'est ce qui en fait l'unique voie possible.
Tout ça ressort en quelques dizaines de minutes. Sociopath : Philosophy Cynicism est un album fascinant de brutalité implicite, de haine incontrôlée, de riffings bordéliques et d'enregistrement approximatif. Il dégage une énergie palpable, aussi concrète qu'une brique dans la gueule. Aussi kitch, ridicule et intenable que soit le discours, musical et tout ce qui l'entoure, les mecs le tiennent comme une ligne d'horizon. C'est terrifiant.
Pour vous faire une idée, le groupe a eu la bonne idée de nous offrir un clip qui résume à lui seul tout le génie de l'album. Regardez-moi un peu ce bijou (et si vous croyez que c'est une blague, sautez les deux premières minutes) :
En une phrase : je viens de me rappeler pourquoi j'aimais le Black Metal.
Buy / mp3
07/11/2010
Dødheimsgard - Satanic Art (1998)

Sous les griffes de Vikotnik, les myriades célestes tourbillonnent comme autant d'éclairs enragés. Déjà la démentielle et jouissive bouillie multicolore de 666 International. J'ai un fantasme récurrent à propos de Traces of Reality. Je m'imagine cet hymne à la démence scandé par une marquise d'un autre âge, aussi glorieuse que grotesque: poudrée, mouchetée, arborant en somme tout le tin-touin de mise, elle hurle à s'en arracher les poumons, alors que ses yeux vomissent des étoiles. Sa gigantesque robe bouffante virevolte majestueusement façon Danse Serpentine. Cette marquise, c'est Aldrahn, le vocaliste de DHG, et le Ol' Dirty Bastard du black-metal. La dévotion même. À sa quête des mystères de l'âme, il sacrifie jusqu'à sa sanité d'esprit. Cette âme, il faut la vomir, coute que coute: il n'y aura pas de satisfaction, pas de fin, tant qu'elle ne luira pas à nue sur un plateau d'argent. Catharsis impossible, démesurée! Cordes vocales, accouchez.
Dødheimsgard - Monumental Possession (1996)

Un monument de pure jouissance sataniste décomplexée, hell yeah! Crossover black/thrash de très bonne facture, Monumental Possession s'apprécie comme un bon vieux rap old-school, genre Ultramagnetic MC's: le kitsch et le surfait font partie intégrante du délire et, de fait, on les accepte sans rechigner. L'expérience n'en est que meilleure. Seuls les gimmicks diffèrent: là où Kool Keith et ses acolytes passent leur temps à nous expliquer qu'ils sont les meilleurs MCs du monde, DHG nous raconte ses déboires avec Satan. Les Ultramagnetic MC's avaient les beats révolutionaires, Vikotnik a les riffs qui tuent. Oui, décidément, la comparaison tient la route. Une fois n'est pas coutume, voilà une tranche de metal bien rafraîchissante et fun.
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