20/05/2011

Keiji Haino - 魂の純愛 (Soul's True Love, 1995)


This 4-CD Boxset features rare live and studio materials from three Keiji Haino's projects. It was *probably* limited to 500 copies.


Overall a must-have collectible item. If you like it raw.

Pour continuer dans la série d'articles consacrés à l'homme aux lunettes noires, voici un superbe cadeau au business de la part de DukeOfPrunes, spécialiste ès Haino. Cliquez sur l'image principale pour le télécharger.


16/05/2011

Keiji Haino - 慈 (Affection, 1992)






















Tuerie mi-acoustique/mi-électrique de l'homme aux lunettes noires, chantée d'une voix indéfinissable. Une heure, une piste, avec pas mal de répétitions obsédantes. La fin est juste ahurissante d'intensité, avec un mur sonore dressé par des guitares extra-terrestres. Ce type a été reconfiguré à sa naissance, y a des branchements reliés à des prises pas faites pour, il respire l'air d'autres planètes, c'est pas possible autrement.

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10/05/2011

Pan Sonic / Keiji Haino - Shall I Download A Blackhole And Offer It To You (live in Berlin, 15.11.2007)

























Sur le papier, cette collaboration entre le duo finlandais Pan Sonic et le japonais Keiji Haino m'a fait saliver comme un beau diable. Dans les faits, je serais un peu plus retenu : pour commencer le rendu sonore est pour le moins... étrange (on est loin de la prise directe, et ça s'entend), ensuite, et malgré l'orientation d'ensemble au demeurant très ambient, les parties noise/power noise de Pan Sonic sont parfois assez difficiles à digérer (quoiqu'il n'y ait rien de vraiment inécoutable en soi), surtout au regard de l'ahurissante qualité de ce qu'ils proposent sur le V avec Merzbow, moins marquée ici. En revanche, ce qui met en valeur cette performance, c'est une fluidité générale qui enchaîne naturellement les différents climats, avec une matière souvent diffuse, ambient, parfois brute, physique qui en émerge : le duo finlandais donne dans un abrasif certes rugueux et déconcertant, mais qui apporte suffisamment de contrastes, de dynamique, de variété pour ne pas devenir tout à fait rebutant. Des pulsations rythmico-ionisées rappelant la période Kulma/A aux hurlements de signaux qui vrillent puis se torsadent sans pitié ; des compressions de nappes en blocs de matière brute qui vous écrasent aux déchaînements sursaturés de bruits blancs de la piste finale, où tout explose dans une frénésie abrutissante, le quota des temps forts est bien rempli. Soutenus par les hurlements rageurs de Haino et ses murs de son "impactant" à la gratte, ils en deviennent souvent jouissifs. Mais ces derniers sont contrebalancés par une ligne directrice plus strictement ritual-ambient où, moyennant certains leitmotivs bien définis, trois ou quatre pistes, en un jeu d'échos récurrents, finissent par se répondre entre elles, tracer une certaine progression. Haino n'est pas avare en litanies et autres jeux de gorge angoissants, posés sur des climats électroniques aux modulations menaçantes quoique plus retenues, tout du long hantés par le spectre d'une sorte de flûte traditionnelle convoquant les brumes du passé, d'accords acoustiques doucement égrenés, surnaturels ; ainsi que par les touches froides, veloutées de mystérieux synthétiseurs rappelant un peu Supersilent (5ème piste)... avant de déboucher sur l'éreintante épiphanie finale, très, très perturbée. Au demeurant assez riche et fascinant, j'ignore si ce live, du fait d'un son vraiment bizarre et de moments assez fatiguant pour ce qu'ils ont à dire, durera très longtemps chez moi. A essayer, car dans tous les cas, il vaut vraiment la peine d'y jeter au moins une oreille.

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08/05/2011

Keiji Haino - Black Blues (violent version, 2004)




















Sorti le même jour que son corolaire "soft" sur le label français Les Disques du Soleil et de l'Acier, ce Black Blues propose les mêmes titres - qui s'avèrent des reprises, rendues méconnaissables, de blues américain d'avant-guerre, ou de chansons d'Enka, musique populaire japonaise datant de l'ère Shōwa - disposés dans le même ordre que ceux de son homologue acoustique, mais amplifiés, cette fois, et hurlés d'une voix âpre, douloureuse, étranglée. Ne possédant qu'une seule partie du diptyque, je serais bien incapable de mettre cette version en relief avec l'autre. Néanmoins, je souhaite vous faire part de cette musique stupéfiante, quitte à rattraper le coup plus tard. Ce qui frappe ici, c'est moins le scrupule porté sur la mélodie, le "feeling" que sur une approche plus ouvertement physique, fiévreuse, "ritualiste". Compulsivement, à force d'insister sur un même pattern, Haino le transforme en un obsédant leitmotiv qui, lui aussi, ne cesse de changer et de se ressaisir, pour mieux s'épanouir dans la matérialité pleine, certes, mais soufferte et meurtrie d'un son pur, pure résonance et réceptivité crûment, violemment arrachés de ces lanières de guitares aux claquements secs, auxquels on n'adjoint aucun effet, n'était cette légère, anecdotique réverbération. Je n'ai jamais entendu chose analogue : le matière développée ici semble tenir sur trois fois rien, de par sa brute, inhumaine austérité, et pourtant, pourtant, cette dernière recèle une richesse captivante, bouleversante... pareil à Hendrix, Haino me semble être investi d'une vision personnelle, irréductiblement singulière et viscérale de la guitare, poursuivant une quête sonore qui appuie sur chaque fibre, chaque point névralgique : les accords de vive force arrachés vibrent nus, à fleur de peau ; leurs aigües crispent, poinçonnent et roidissent la nuque, quand enchaînés de plus en plus rapidement ils ne forment plus qu'une ligne au grain fluide et hurlant, funeste, comme si on cherchait à t'arracher de force le système nerveux, malgré les cris de désespoirs, de l'être qui se débat et freine des quatre fers, tourmenté par l'inéluctable... plus on s'avance dans cette cure, plus la fataliste intensité augmente d'un cran. Ainsi les bouleversants Drifting et See That My Grave Is Kept Clean, point de non-retour où quelque chose d'impossible cherche à s'extraire, à advenir ; et dans ces accalmies irréelles, rien qu'un ineffable vent de rouille soufflant sur la pâle surface des choses... à l'instar de celle jouée par Coltrane, cette musique ne semble avoir de raison d'être que motivée par la plus pressante, vitale des nécessités... par ailleurs, pour qui souhaite se familiariser avec le bonhomme, humble et sobre à bien des égards, une interview très intéressante traîne sur la toile, disponible ici .

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06/05/2011

The Jazz Composer's Orchestra - S/T (1968)
























Ce disque n'est pas un disque (c'est pour cela que je l'avais proposé il y a fort longtemps à Ego), c'est un capharnaüm lyrique de milles complaintes s'élevant et se répondant dans des bourrasques d'intensité pure, déferlantes majestueuses de sang et de fer qui, pourtant, réalisent l'exploit de ne jamais rebuter une seule seconde. Cette chronique n'en est pas une (NON SANS BLAAAGUE), et comme je suis trop vanné pour faire un quelconque effort, je vous renvoie à celle du site Guts of Darkness, très complète et très bien faite. Tremblez mortels...

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05/05/2011

Æthenor - En Form For Blå (2011)






















En parlant du loup, je me suis dit qu'il serait intéressant de vous faire partager ce dernier essai d'Æthenor, d'une pour celui qui voudrait mettre les choses plus en relief avec ce qui a été dit plus bas, et de deux pour annoncer qu'En Form For Blå (alt + ctrl + caps lock 0 pan dans la gueule), ce live donné à Oslo sur trois sessions réparties en Avril/Juin 2010 par des expérimentateurs gravitant aux marges de la scène metal, concrétise les acquis du Faking Gold and Murder en un disque porteur 1) d'épanouissement esthétique et 2) de superbes promesses, à la fois pour ce qu'il inspirera (du moins je l'espère) et pour l'avenir du groupe, qui s'annonce radieux. En effet Æthenor à la base c'est un all-stars-band qui, jusqu'à la rupture FGM, chiait un peu dans la colle avec des jams entassant à l'aveuglette collages électroniques et bidouillages qui ne savaient pas plus que moi où ils voulaient en venir. De septette sur FGM on passe ici au quartette : on retrouve les habituels SOMA (aux bourdons, what else ?) et O'Sullivan, qui, pour l'occasion, a ramené son poto Kristoffer Rygg (Ulver) soutenir son Fender Rhodes. Le duo Suisse Buttercup Metal Polish laisse les baguettes au batteur de free-jazz anglais Steve Noble (Tongues of Fire et les power trio N.E.W., DECOY), qui réalise ici une performance assez ahurissante, aussi bien au regard de ses prédécesseurs que de son répertoire habituel (à noter, dans le courant de l'année, SOMA et Noble ont joué ensemble au café Oto, dont la performance est disponible ici). Rygg ne chante pas, mais le vide laissé par David Tibet est très largement comblé par les instruments en présence, au langage autrement plus pur (la musique se suffisant à elle-même).

Je serais laconique (et non lacanien), auquel cas je perdrais trois plombes en descriptions à rallonges, car cette musique se caractérise par une prolifération affolante de détails qui vont et viennent en tapis ductiles, ou qui, agglomérés et cristallisés, s'élèvent en masses sonores majestueuses, figeant le temps et saturant l'espace comme les épiphanies d'un live de Supersilent.
Cette performance improvisée peut se décomposer comme suit : à ma gauche, le duo Rygg/O'Sullivan constitue l'axe ambient : ces derniers tissent des trames électroniques denses et perpétuellement mouvantes, réverbérées la plupart du temps, tantôt sourdes et graves, tantôt miroitantes, comme, au Rhodes, ces gouttelettes montantes et descendantes qui s'éploient en frémissantes mélodies sur "One Number...", les scintillations de "Something To Sleep...", les efflorescences inouïes de "Vyomagami Plume" qui sitôt se rétractent, jalouses de leurs secrets... certaines mélodies diaprées, qui grelottent en liquides iridescences, me rappellent le Mirage de Klaus Schulze... d’autres, se déployant en profondes et moelleuses nappes émaillées de babils mystérieux, pourraient rappeller Coil.
A ma droite, SOMA, c'est le côté plus rock'n'roll d'En Form For Blå, qui n'hésite pas à tout emporter dans des déflagrations de speed-drone qui tachent (à la Pentemple), ou à moduler quelques bourdons mixés plus en retrait, comme une menace sourde.
Et en face de moi, Steve Noble est le pivot, l'homme participant aussi bien du côté ambient avec ses cymbales prolixes, ses soubresauts isolés, épars et clinquants, ses cellules rythmiques qui, peu à peu, se reprennent en d'intriguant leitmotivs (genre butor en pleine parade amoureuse) ; que du côté plus rock, viscéral de la performance, lorsqu'il soutient O'Malley avec ses explosions en staccato, mur sonore statique, régal de pataugeade et d'intensité, me rappelant un peu les tatanes rythmiques d'un Elvin Jones très en forme. La production de tout ceci est excellente : mise en valeur de chaque instrument en présence, éradication des bruits parasites et de tout ce qui pourrait troubler l'exceptionnelle fluidité d'une telle performance. Car, à l'instar d'In A Silent Way, tout ne cesse de s'écouler, de changer, de se brosser en paysages liquides, énigmatiques, comme d'aquarelles sonores - la forme est fluide, le sens l'est encore plus.

Bon appétit.

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02/05/2011

The Lounge Lizards - s/t (1981)


Après l'avoir particulièrement remarqué dans Stranger than Paradise et Down by Law, que de tristesse je fus parcouru quand je vis que John Lurie n'avait pas non plus tourné dans pléthore de films. Décidant de surpasser au plus vite ce tracas, je me rappelai qu'il était aux manettes pour les bandes originales de ces films (au moins un) et constatai qu'il savait jouer de l'alto.
Les lézards de salon étaient donc composés à l'époque, de gauche à droite, de Arto Lindsay (guitare, ex-DNA), Evan et John Lurie (claviers et alto), Anton Fier (batterie) et Steve Piccolo (basse).
Et ceci correspond probablement au jazz que je préfère : tout à fait savant et capable d'introspection, dans la dérision grotesque (Do The Wrong Thing) ou dans l'hommage appuyé (les deux interprétations zorniennes de thèmes monkiens*). On trouvera aussi de ces morceaux stéréotypés jazz urbain mélancolique comme les deux premières pistes de l'album ou la ballade. En vérité, en y réfléchissant, je dirai que la volonté des artistes a été d'offrir une palette assez complète (quasi-scolaire ?) des registres dans lequel le jazz peut opérer, de la ballade mélodramatique au grand bordel dont on a perdu la trace de la raison, moqueur, obsédé, fiévreux et emmerdeur.

Très agréable surprise donc, intéressant pour les initiés mais aussi très accessible aux novices me semble-t-il. Je suis toutefois d'accord avec les quelques critiques que j'ai lues qui déplorent la moindre présence d'Arto Lindsay que ce qui était initialement prévu, assez dantesque pour tout ce que j'ai écouté de lui jusqu'à présent.

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*Très S-F tout ça

12/04/2011

Skullflower - Orange Canyon Mind (2005)


Plutôt que d'inonder la chatbox de conneries diverses, il serait temps que je m'attarde à nouveau sur l'un des autres essentiels des londoniens de Skullflower. Noise rock toujours, mais pas question de redondance pour autant, la pièce en question n'ayant plus grand chose en commun avec la noirceur incandescente des IIIrd Gatekeeper et Obsidian Shaking Codex susnommés. Moins homogène, plus noise, peut-être plus riche en sonorités aussi, les bains de feedbacks poisseux ayant été remplacés par des crépitements électroniques, des souffles électriques et des vagues de parasites passées à la moulinette. Couche parasitaire, qui, lorsqu'elle ne transforme pas simplement la piste en cacophonie overdrivée (Forked Lightning, ou comment jammer intensément dans une baie de serveurs pendant que la bonne passe l'aspi'), sert de toile de fond aux guitares hyperfuzzées, grooves simples et efficaces à peine soutenu par une batterie inaudible (Orange Canyon Mind) ou leads grésillantes s'exprimant toujours en dialecte wha-wha, aussi allumées qu'un pétard à la salvia (Star Hill). Survoltée mais ouvertement psychédélique, l'humeur générale de la bête oscille et glisse entre les extrêmes de façon incertaine, entre batifolage euphorique, aventure en territoire mystique, malaise étouffant et inquiétante perte de contrôle. Aussi délirant qu'Electric Heavyland mais sans le coté parpaing sur la tronche. Si j'étais lolilol et que je voulais continuer à cultiver mes tares rédactionnelles, je dirais qu'il s'agit d'un enregistrement de la fée électricité qui voyage sous psychotropes, et qu'il faut donc en profiter.

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11/04/2011

The Golden Sores - A Peaceable Kingdom (2009)






















Cette musique est un joyau. Une pierre dont la contemplation absorbe le regard de son blanc mat, plein, ivre d'anonymat. Telle l'étendue d'un ciel qui, contemplé par les mortels cheminant sous lui, s'ouvre à eux comme d'un écrit que ces derniers lisent, imitant la richesse de l'infini; telle cette musique s'ouvre à nous, et en nous étend ses voûtes nues, bruts et massifs horizons. Mais ces cieux sonores, sont-ils riches ? Oui : car lorsque s'efface l'azur, le bleu simple, voici paraître leur mat (qui ressemble à du jade), tel du minerai - signe de la richesse. Ainsi The Golden Sores table moins sur le rythme, le souci de la mélodie, la structure interne, organique, que sur la création de tons et de textures, sur la formation d'une matière sonore brute, massive, bloc indivis de calme éternité, pour véhiculer ses incroyables épiphanies, son idéal d'une force pleine, à telle point discordante et dilacérée qu'elle confine à une forme d'intensité mystique qui éprouve, consume l'individuation, modèle à son image l'homme qui la reçoit. De telle sorte que, s'établissant sous les voûtes cristallines de ce sanctuaire fait sons, il en contemple le riche éclat, pour mieux y déchiffrer les signes, veinés de reflets bleus... jade ou pierre de lune ? Quoiqu'il en soit, les flux et les reflux de ce sublime en lambeaux laissent hagard, étranger à soi. Comme si le voile de Maya flottait, déchiré, sous nos yeux ébahis, desquels sourdent les larmes face à la pureté de la donation, face à l’évidence indubitable d’une charge débordante, engorgée de sacré qui de toute part assaille, submerge, transfigure. Le modus operandi est le suivant : une convergence ahurissante de drone-guitares écorchées vives, gorgées d'effets (fuzz, sustain et tout le tremblement), qui se superposent en multiples couches, donnant d'abord l'impression d'un vent descendant, puis, à mesure qu'il gagne en puissance et s'enrichit d'harmonies simples et belles, se transforme en nuées ascendantes qui s'élèvent, et toi avec elles, vers les confins. On se retrouve alors immergé dans un magma sonore statique, où l'on discerne strates par strates chaque tons créés par des guitares généralement portées dans les aigus, où miroitent en fond les reflets cosmiques d'un synthétiseur alternant pulsations sourdes, graves, profondes,(The Awful Rowing Toward God), et nappes limpides, translucides, d'un space ambient me rappelant un peu Paysage d'Hiver (Klonopin), tant et si bien qu'il devient difficile, au moment où tout ce beau monde se confond, de différencier qui fait quoi où et comment, mais peu importe, on se laisse bercer, béats et sereins, par ces nuages en pierres de lune, drones à la beauté crue, déchiquetée. Ce "Peaceable Kingdom" c'est la plénitude inhumaine d'un son qui se suffit à lui-même et qui, en se dévoilant, rayonne et baigne tout d'une saturation magnifique. Ceci est un album essentiel, bouleversant, que l'on veille nuit et jours, excès de chant aux lèvres...

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