01/04/2010

Gang of Four - Return the Gift (2005)



L'histoire de la révolution punk ne se résume pas à celle de quelques pelés anglais dans un caniveau qui avaient décidé de jouer mal et avec leurs tripes. Pour accepter d'en être entièrement influencée, les eighties en auraient demandé davantage. Mais je ne vais pas vous refaire l'histoire du maelström créatif de l'époque, je voulais juste marquer le point que le punk et le post-punk appartiennent pour nous à un passé distant. En tant que son également, ça ne s'entend plus, c'est daté.
Avec cet album de 2005, c'est donc peu dire que Gang of Four déteint dans le paysage rock. Pour tout dire, le légendaire groupe de Leeds écrase ici toute possibilité de concurence avec un son énorme, vraiment énorme, qui justifie pleinement d'avoir ré-enregistré 14 classiques de leur âge d'or. Le profil sonique du groupe s'en retrouve ultra poli et aiguisé: basse surgonflée dont l'omniprésence funk ferait penser à Talking Heads s'il n'y avait pas ce son de guitare décapant et corrosif qui vous torture de bonheur de la tête aux pieds. Porte d'entrée idéale pour ceux qui ne connaissaient pas le groupe, puisque Return the Gift emprunte à tous leurs premiers albums pour en faire une sorte de best of. Et puis ce son, my god, ce son.

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26/03/2010

Guapo - Five Suns (2004)



Daniel O'Sullivan vient de rejoindre Ulver, il est donc temps de s'attaquer à son principal projet. Attention, Guapo n'est clairement pas un petit morceau. On retrouve ici un peu de la grandiloquence psychédélique de Blood Inside, ainsi que son ambiance "hôpital aseptisé", la production de Five Suns étant volontairement exempte de toute chaleur. Five Suns pt. 4 jouit d'un groove insensé et irrésistible qui saura probablement vous ouvrir quelques shakras, tout ça sur fond de nappes monochromatiques bavées par des amplis bien énervés comme il faut. La folie de l'album, indéniable, est d'autant plus inconfortable qu'elle est enfermée dans une volonté de précision et d'élégance formelle presque suffocante. Emotionless, déshumanisé mais aussi épique et transcendant, Five Suns n'est sûrement pas destiné à tous les goûts. C'est en tout cas un un grand-huit formel proprement et salement hallucinant.

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23/03/2010

Bogus Blimp - Cords.Wires (2000)



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Bogus Blimp - Men-Mic (1998)



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The Ruins of Beverast - Rain Upon The Impure (2006)



Des méandres du passé, que pleuve sur l'homme toute la colère du ciel et de la terre ! 7 pistes. 14 minutes en moyenne, hormis les deux interludes. Meilenwald, ex-Nagelfar, sonde les âges obscurs sur près d'une heure et demi, érige sa cathédrale intemporelle, chthonienne, toute droit sortie de la tourbe et de la vase. Ses arches, vastes et écrasantes, balayent un vaste champ d'expérimentations immersives. Gloire ! gloire au mixage permettant à chaque rajouts d'apporter en toute clarté leurs moiteurs à l'édifice, gloire aux blasts et à leur parfaite assimilation au corps du propos, gloire au grain sonore de ces guitares, impénétrable, massif, minéral quoique fluide, sans pour autant verser dans l'inintelligibilité abrutissante ! Leurs notes sont des scories ; leurs maintiens, leurs dos massifs qui se haussent puis se fondent tour à tour, le lit d'anciens fleuves charriant le sang des âges et des époques, dont les courbes et les méandres engourdissent, emportent ; incarcèrent, aussi. Car une telle morgue grinçante ne saurait se passer du huis clos. Ainsi, alcôves et samples au stupre féminin, de là, cloches, chœurs religieux résonnant de cloîtres en ruine, ici, mid-tempos où l'esprit patauge et se noie dans ces catacombes immémoriales, souterrains aux mélodies rasantes et millénaires, rehaussés ça et là de discrets liserés ambiant. Las ! comment vous parler de ces solos gorgés d'effets, subsoniques, glauques et hallucinatoires ! On ne peut pas, alors on se contente d'écouter : de contempler. Pareille architecture, aussi imposante et apeurante soit elle, renferme toutes les ivresses du monde ... pour peu que l'on perce l'obscurité qui l'habille, comme de celle drapant le linceul du Temps.

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20/03/2010

Angelite & Huun-Huur-Tu - Fly, fly my sadness (1996)



Pour le dire d'entrée, c'est un album excellent et il faut l'écouter. Pour dire deux mots sur les albums traditionnels: celui-là a l'avantage de balayer les soucis d'authenticité et d'altérité certifiée puisqu'il rassemble des chanteurs de gorge Tuvan (au nord de la Mongolie) avec un ensemble choral bulgare (ça fait donc au bas mot 3000 km). Vous ne connaissiez sûrement que l'ensemble du Mystère des Voix Bulgares et ça ne changera pas, c'est les mêmes. De cette prestigieuse rencontre internationale ressortent des harmonies vocales de toute beauté bien évidemment et une musique généralement profondément émotionnelle et dronesque qui hérisse le poil et réchauffe le coeur. Et puisque les métaphores me manquent, je vous laisse à votre écoute.

19/03/2010

Joe McPhee - Nation Time (1971)



Paraît que vous voulez du jazz, alors j'en donne aussi. Mais McPhee c'est pas que du jazz, Mcphee c'est du grooooove et de la soouuuul, du vrai, qui fait danser et donne le tournis. Jazz-funk donc, mais qui en cette année 71, fait plus que simplement border sur le free-jazz. La danse du scorpion, troisième titre, est une danse qui y succombera totalement. Y'a rien à préparer, les 18 minutes de l'eponyme sont là pour ça, avec solos à trouer les murs, un thème principal qui demande rien du tout et t'attrape au lasso pour te traîner dans les percussions (ce passage de la 10e quoi) et te couvrir d'énergie vitale. Une fin géniale en roue-libre post-bop qui se transforme en Shakey Jake, percussioniste additionnel à l'appui, histoire d'ajouter encore du groove, avant que Joe et l'altoïste Otis Green viennent danser et enlacer chacun un fil qui sort de leurs sax autour de ton corps. Toi tu fais toujours rien, tu te contentes d'avoir le volume bien haut et tu te gargarises de musique. McPhee n'a jamais décroché de gros contrat, mais ça change rien au fait que ce type était (et est toujours) un des plus grands musiciens et compositeurs jazz. Démentiel.

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