21/02/2011

Demian Johnston & Mink Stole - Trailed & Kept (2011)

USA

Debacle Records

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RYM
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Extrait audio:
♫ Virgin Piles


J'avoue, j'empiète sur le territoire de certains de mes collègues avec cet article. Ce Trailed & Kept est un album proprement monstrueux de drone-noise à tendance metalleuse lointaine. Une bête difforme et haineuse, recroquevillée dans l'alcôve la plus sombre d'un cauchemar de solitude. Ce son a de la crasse sous les ongles, et je ne vous parle pas de ses dents. Il suffit de regarder la pochette pour s'en faire une idée. L'album a aussi une face cachée, pas encore lumineuse, mais fragile et résignée. Et il y excelle autant que dans la brutalité. Plus surprenant encore, l'équilibre entre ces deux extrêmes est parfait, symbiotique. Et puis, il y'a surtout ces putain de murs de son: abrasifs, impitoyables.

Aes, hpl, ça devrait vous plaire.

20/02/2011

Acid Mothers Temple - Electric Heavyland (2002)



Alors ok. Typiquement le genre d'album qui ferait passer pour grises et triviales mes expériences oniriques les plus dingues, à base d'omniscience divine ou d'expansion du moi sur un plan infini. On doit cette came à une bande de hippies barbus (!) et accessoirement japonais (!!) fortement influencés par le psychédélisme fin sixties et le krautrock allemand. Ça, rien qu'aux titres vous deviez déjà l'avoir deviné. Maintenant: AMT, Japon, space rock, drug music, tout ça donne quelques idées sur ce à quoi on est en droit de s'attendre. Oh oui. Du space/noise rock ahurissant d'intensité et complètement dingue, overdose d'overdrive, cul dans le cosmos et plaisir des sens en trois grosses doses.

Allumez votre lampe à bulles, laissez un peu de lumière pour prévenir le bad trip, installez vous confortablement dans votre fauteuil en moumoute orange et croquez à pleine dents dans ce fruit aux couleurs bariolées. Ne vous laissez pas tromper par le chant faussement enfantin et étrangement distant de ces choses sans visages qui flottent à proximité, dans quelques secondes vous serez propulsé façon fusée dans une autre sphère de conscience où il faudra faire une croix sur tout ce qui vous servez de repères en habituellement. Pour un temps les choses qui vous ont accueilli vous serviront de guide avant de se dissoudre et de s'abandonner elles aussi dans cet indicible chaos, brouhaha étourdissant où les improvisations hendrixiennes sans commencement ni début fusent comme des comètes, se vautrent dans ce bain coloré de matière vivante électrique, frottent la voûte des percussions pour émerger et exploser à nouveau dans un déchaînement d'éruptions wah-wah et de râles euphoriques.

Inutile d'essayer de comprendre quoi que ce soit. Vous n'en aurez pas le temps. Contentez vous de jouir. Dépêchez vous de peloter les sirènes de l'espace aux formes généreuses - elles vous le rendront bien - avant de devenir complètement gaga de bonheur, cogné de plein fouet par une rythmique écrasante, qui roule sa caisse au milieu de son cortège de fulgurances non identifiées, et anéanti par une nouvelle charge crescendorgasmique encore plus fiévreuse que la précédente.

Lessivé, vidé, euphorique et à bout de souffle, il vous faudra résister à ce qui semble être un méchant retour de flamme au début de "Phantom of galactic magnum", mauvaise vague qui s'abat pour vous punir d'avoir joui de tant d'extases. Fausse angoisse, c'était juste une façon de garder le meilleur pour ceux qui était vraiment prêts à communier corps et âmes avec le monde fantastique d'Electric Heavyland. Pour parler crûment, putain d'orgiaque.

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Wraiths - The Grey Emperor (2009)



Là où l'impressionnant Plaguebearer t'engloutissait pour te recracher en confettis dans des flux et reflux bien badasses, The Grey Emperor, lui, démarre et dure sur une pulsation mystérieuse, pleine d'échos et de menaces à venir, durant 25 minutes, au début desquelles on se doute bien que le ton donné est au suspens, à la tension et aux nerfs mis à vifs lorsque des radiations stagnantes tantôt grondent, tantôt s'engouffrent en vents glaciaux, avant de se muer, pour le reste de l'heure, en une respiration monstrueuse, continue, ressac magmatique baignant et dissolvant toutes choses sur son passage, rehaussée par moment d'un rythme auquel on adjoint un léger flanger, de modulations aigües et autres sonorités indéfinissables; et tout ça, sans vraiment verser dans l'ultra-violence défonce-tympan. La classe quoi. Intense, maîtrisé, amoureusement confectionné, The Grey Emperor est à acquérir. Vous aussi, brisez le sceau.

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19/02/2011

Aun - VII (2010)





















Coucou impromptu au business ! (eye'm still watching you brotha !) Ayant enfin reçu le bébé, j'm'en suis tracé un rail pas plus tard qu'hier soir, main gauche portant le jack daniel's aux lèvres et doigts de pied en éventail. Et décidément, ça aurait été vache de ne pas vous en faire profiter, à vous, spectre hâves et émaciés, consumés par votre soif de drug music... car ce VII du québécois Aun se pose comme un petit nirvana en soi, l'équivalent massif, texturé et dronien des finlandais Dark Buddah Rising, le p'tit feeling Amon Düülien en moins pour un truc plus incandescent, distordu et frontal, potards dans le rouge et tout amplis dehors, jouant sur les strates et les couches, un peu genre Menace Ruine qui aurait délaissé ses hardes de néo-mystiques médiévaux pour une collusion avec le shoegaze, ouais, ou alors Nadja qui ferait du gringue à Jesu.... au menu de ce matin : bacchanales fuzzées, orgies de feedback à en donner le vertige, drone guitares aux enchevêtrement craspec et aux dérives ambient, propulsées par une rythmique heavy de bon aloi... tour-à-tour tellurique et céleste, Aun vous soulève dans la stratosphère de ses colonnes électroniques mirifiques, bien kösmisches dans l'âme, pour mieux vous dissoudre dans ses brouillards enfumés, micro-tempêtes chaotiques sur lit de distorsion. Gare à la descente.

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14/02/2011

L'Acephale - Malefeasance (2009)


Les enfants, je sais que le genre est loin d'être sous-représenté ici, mais voilà tout de même pour les amateurs de bizarreries bruyantes encore un peu de black metal tendance experimental très original et pas rigolo pour un sou. Et du genre vraiment méchant pour le coup. Vicieux, malsain, nihiliste, plus true que n'importe quelles merdes estampillées LLN, aussi ésotérique que [insérer ici une référence à un ordre hermétiste pour faire bien], cru comme steak tartare. Une liste d'épithètes très classiques il est vrai, mais loin d'être galvaudés. Les plus mauvaises langues pourraient demander si il s'agit vraiment d'un album de black dont il est question, et elles n'auront pas forcément tort: Le matériel utilisé est de nature très variée, et entre les choeurs rituels monotones, les instants néofolks louches, les stridences et les superpositions de couches sonores noisy qui virent très vite au Pandemonium, les éléments black se fondent pour ainsi dire dans la masse.

Mais la parenté est incontestable. On a ici affaire à quelque chose de sombre et de radical jusqu'au bout des ongles. Pas de chichis, pas d'artifices, pas de compos torturées, ni de développements complexes et chiadés, pas même de belles textures à inhaler. La production, crade ET plate ne met absolument rien en valeur. Tout est, à l'image des mains qui se contorsionnent sur la pochette, dégénéré, laid, redondant, incroyablement statique. Mais c'est pour mieux t'écorcher, te corroder, te détruire mon enfant, tout minimaliste et dépouillé qu'il est, pour ça il est redoutable.

Car c'est de cet ascétisme pervers qu'il tire toute sa puissance maléfique. Les premières écoutes du monstre, pour le dire franchement, peuvent se révéler assez frustrantes voir presque insupportable, la faute à cette inquiétante absence de dynamique et à cette malignité qui s'épanouit de façon si surprenante dans un terreau qu'on jurerait stérile. Pour reprendre les dires d'un grand homme, l'apprivoiser n'est pas une mince affaire, mais le résultat en vaut le détour. La voilà la malfaisance. Huhuhuhuhum.. Est-ce que c'est bien raisonnable tout ça?

Rien à voir avec la musique, mais outre le très beau livret, je signale que les paroles de "Sleep has his house" sont du sieur David Tibet, ce qui n'a rien d'étonnant. Je ne sais pas pour mes collègues, mais ma prochaine marchandise sera un peu plus... colorée? Pas de flac pour cette fois, mon bel Internet ayant décidé de jouer à cache-cache.

Acheter ici.

31/01/2011

Solid Space - Space Museum (1982)

Croyez-moi, c'est (presque) involontaire. Space Museum est l'unique œuvre sortie par un duo londonien proche de l'anonymat, Dan Matthew et Jon Winegum. A la pochette peu ragoûtante pour n'importe qui étant sain d'esprit était fournie une cassette qui n'encouragea certainement pas le bouche-à-oreilles qui aurait permis à Solid Space d'avoir un peu de reconnaissance. Pourtant la formule était simple : un synthé qui joue une musique pop simpliste et prompte à provoquer crise d'épilepsie sur crise d'épilepsie pour les synesthètes (Afghan Dance), des paroles bien catchy, voire naïves et teenage (Destination Moon) + une ambiance spatiale - merci Cpt. Obvious - ... et c'est tout. La Minimal Wave dans toute sa splendeur, et une de ses pépites les plus remarquables, aux côtés de Martin Dupont, Mark Lane ou Oppenheimer Analysis pour ne citer qu'eux.
Revenons à ma toute première phrase. En effet, les ressemblances avec Silver Apples sont nombreuses. Le duo d'inconnus, le non-succès, le minimalisme, l'ambiance, la voix dans le brouillard, ça fait beaucoup. Sauf qu'on est en 1982. L'influence du Velvet Underground se fait aussi bien sentir, par exemple sur la cinquième piste qui pourrait bien être issue de l'éponyme du VU. Mais en vérité, ce sont des dizaines d'artistes et de chansons passées et à venir (en 1982 j'entends) qui viennent à l'esprit quand j'écoute cet album, encore plus addictif que Silver Apples à mon goût.

Ici mis à jour, s'il vous plaît !

Thelonious Monk Quartet Featuring Johnny Griffin - Complete Live At the Five Spot 1958


Les ouvrages sur le jazz sont assez rares pour être soulignés, encore plus quand ils sont français, avec Une Anthropologie du Jazz par Jean Jamin et Patrick Williams. A défaut d'être exhaustifs (ce qui ne fut pas dans leurs intentions), ils y abordent foule de points sur le jazz, de sa création à sa diffusion, avec différents écueils à traverser (notamment dans ces sections sur Billie Holiday ou Django Reinhardt, très intéressantes) qui sont aussi prétextes pour nous lecteurs de saisir un peu les private jokes et anecdotes qui se cachent derrière bien des pistes et albums.

J'ai un peu de mal à quantifier l'influence qu'avait Thelonious Monk sur ce qui était diffusé de sa musique. La foire d'enregistrements trouvables sur le net comme dans les bacs a tendance à vite éparpiller l'auditeur au milieu de disques dont il ne sait pas si ce sont de bêtes compilations sans cohérence comme on en voit trop (cf. la pléthore de doublons sur RYM), ou des travaux de regroupement dont on peut saluer l'initiative et le producteur.
Ainsi, entre un Line-Up avec Coltrane et un autre avec Charlie Rouse, Monk forma un quartette avec Johnny Griffin pour plusieurs mois au Five Spot de New York, que j'ai pu découvrir dans l'ouvrage sus-nommé :

"Les séances enregistrées live par le quartette de Thelonious Monk (avec Johnny Griffin au saxophone ténor, Roy Haynes à la batterie et Ahmed Abdul-Malik à la contrebasse) au club Five Spot à New York en 1958 sont d'une remarquable acuité et lisibilité : elles doivent sans doute autant à l'intelligence du producteur et de l'ingénieur du son, respectivement Orrin Keepnews et Ray Fowler, qu'à la bonne acoustique de la salle qui ne réverbère ne ne déforme la production des harmoniques [...] Cela est d'autant plus remarquable que ce sont les premières prises de son effectuées en club - et ce à l'aide d'un matériel professionnel (Ponzio & Postif 1995 : 207) - du quartette de Monk, où l'on perçoit en outre les réactions, les conversations et les allées et venues du public. Il suffit d'écouter l'extraordinaire solo de Monk sur Bye-Ya et les accords qu'il plaque, parfois à contretemps, sur les octaves supérieures du clavier, montant progressivement en dissonance, ou encore la manière dont il fait sonner son instrument comme un carillon derrière les chorus de Johnny Griffin sur Rythm-A-Ning." ( page 272-273, note 20)"

On peut aussi trouver ce double CD (réédité par Lonehill Jazz) sous les noms des galettes Thelonious In Action et Mysterioso, certes un peu dégarnies car plus anciennes...
Et si l'on ne connaît pas Monk, voici ce qu'on pourrait éventuellement en dire : parmi les créateurs du bebop, à l'esthétique unique, occupant l'espace sonore comme personne avec son jeu stride et ses constructions rythmiques comme mélodiques à en faire pleurer les vieux cons puristes de l'époque, travaillant le son et le silence l'entourant comme c'est trop rarement fait depuis 30 40 ans. Véritable ovni impossible à imiter, il illustre peut-être le mieux le fait que le jazz ne soit qu'une série d'erreurs et de fausses notes.


Part 1 | Part 2 (320kbps) mis à jour

29/01/2011

Un peu plus sur la twee pop

Et pour accompagner l'album de Black Tambourine, quelques liens pour tenter de comprendre pourquoi la twee pop c'est important, et quelques vidéos de chansons auxquelles je faisais référence en parlant des tous ces chansons mineures qui pour certaines personnes sont des mega-hits.








Black Tambourine - Complete Recordings




















Les disques marqués "Complete Recordings" dégagent quelque chose de spécial, on a l'impression de se trouver face à un individu dans toute sa personnalité, il est "tout là", entier, complet quoi, et ça ça force à la déférence. Celui de Black Tambourine n'est pas moins excitant, peut-être même davantage du fait qu'il ne tape pas même les 25 minutes de musique, sur dix titres, et qu'à bien y regarder, le groupe de Washington a en fait sorti quelques autres titres.
Black Tambourine appartient à cette scène qu'on dit Twee qui, au tournant des 90s, pratiquait une indie pop toute dédiée à sa propre innocence, qui devait tout à la simplicité punk qu'ils transformaient en pop bubblegum, ainsi qu'au lointain héritage sixties des rêveurs girl groups. Si écouter de la twee en 2011 est affectionné par les gens hype, c'est aussi parce que cette innocence est quelque chose qui n'a plus été vue depuis.
Ce Complete Recordings est donc un petit bout d'histoire de cette branche de l'indie pop. Les personnes intéressées se tourneront ensuite vers les singles de Tullycraft, le premier Beat Happening, l'oeuvre de Rose Melberg puis gentiment vers Camera Obscura et Belle & Sebastian, en allant chercher, le long du chemin, tous ces hits si mineurs et si importants à la fois.
Black Tambourine a en plus un fort héritage shoegaze et noise pop, ça s'entend: les mélodies sont noyées dans la révérbération et n'en sont que plus douces et dreamy.

26/01/2011

Silvio Rodríguez - Al final de este viaje





















Silvio Rodríguez sort cet album alors qu'il a 32 ans: seul avec sa guitare pour chanter des chansons qui datent de l'époque où il était jeune et révolutionnaire (et la révolution, à Cuba, ils connaissent), bien avant Días Y Flores sorti 3 ans plus tôt en 1975. Rodríguez est à mon avis LE songwriter par excellence, bien que je l'écoute sans le comprendre. Pour savoir si vous partagez mon avis, il suffira d'écouter le premier numéro, Cancion del Elegido. J'ai du mal à concevoir qu'on puisse ne pas tomber immédiatement amoureux mais ça c'est mon côté intégriste. Ou serait-ce que Rodríguez est à la fois trop délicat, vivant et épique pour imaginer résister à son émotion? J'affectionne en tout cas particulièrement le côté dépouillé de cet album (bien que ce soit jamais vraiment autrement), et les chansons sont toutes sublimes.

flac / mp3 (vu que j'ai piqué ces liens: password = vibes)