10/03/2012

Mythological Eoarchean Cosmonauts - Black Sky Opened Up (2012)


Sans pour le moins du monde abandonner la subtilité inhérente à son premier essai de space ambient Astral Fluid, Mythological Eoarchean Cosmonauts, aka l'homme qui manie les pads de synthétiseur avec autant d'adresse que son archet de violoneux baroque réitère avec son Black Sky Opened Up et lâche ses modulateurs pour un lapsteel et un violon électrique histoire d'expérimenter quelque chose au feeling black ambient explicite naturellement plus proche de Aun et de ses jeux de sustain que des tempêtes glacées de Paysage d'Hiver. Plutôt opium et cachemire que neige et bure si les analogies faciles ne vous effraient pas. Le résultat est étonnant, encore plus quand on est conscient que l'absence de synthétiseur était une des contraintes d'enregistrement initiales. Deux longues pistes complémentaires (aux noms définitivement très pop), comme sur un disque de berlin school. ...and the ground gave way beneath my feet s'ouvre ainsi sur une nappe insaisissable progressivement traversée de rayons et d'arpèges en cascade qui distordent l'atmosphère avant d'introduire un riff de guitare inébranlable calé sur une batterie mid-tempo. La machine est désormais lancée et ne s'éteindra que pour laisser conclure une guitare claire délayée dans les sonorités spatiales avec lesquelles elle s'entremêlait déjà. Le ton est donnée et ...and the earth took me in her arms se contentera d'une courte vibration de tremolo pour aboutir sur le corps du morceau, un mur de son blasté à la Hin-Fort, bloc intangible se déplaçant à toute allure dans une étendue faite de scintillations et d'arcs de son iridescents préfigurés dans la première piste pour finalement suspendre son ascension fulgurante dans un plan formidable ou la matière se fige dans une nappe libératrice façon Der Weg ou résonnent les échos de mélodies égrenées d'un autre monde. Hoho! Écouter ou télécharger ici.

14/02/2012

Almir Sater - Instrumental (1985)


Eu não sou sertanejo. Eu sou pop. Eu sou roqueiro. Não escuto música sertaneja em casa. Escuto violeiro pontear a viola e não tem nada a ver com sertanejo. Violeiro é instrumentista, é bandeira brasileira...[1]
On se laisse aisément charmer par la guitare 10 cordes (ou plus) d'Almir Sater, musicien du Mato Grosso. A ce fervent défenseur du Pantanal, je reconnais une aptitude à balader l'auditeur dans sa verdure de moins en moins vierge, mais toujours innocente. Il sera difficile pour beaucoup de ne pas le qualifier de "sertanejo" (grosso modo : country) mais il faut véritablement voir plus loin. Cet album doit plutôt être vu comme un étendard de la musique "folk" du Brésil, voire mieux.
Comme je suis justement au Brésil pour les 4 prochains mois d'ici 10 jours, cela tombe bien. 
Puis ça faisait un bail que je n'avais rien uploadé :/


 mp3 320kbps

Ah et puis j'ai mis à jour les liens de Solid Space, Lounge Lizards et de T. Monk 

17/01/2012

((( vlubä ))) - WHNZ:32:Abramàlaga (2011)


Quels sont les points communs entre Vlubä et les groupes de Witch House? L'amateurisme juvénile et éhonté et les titres d'albums qui ressemblent beaucoup à des problèmes d'encodage ou de message de bug informatique. La différence? Un seul des deux partis vaut la peine qu'on s'y intéresse. À toi de deviner lequel! Après vous avoir noyé dans le drone, je me permets de vous revitaliser brutalement avec de la freak folk noiseuse artisanale bien hardcore: Ce post s'inscrivant dans la graaaaande tradition des entrées traitant de musique psychédélique et bruyante, attendez vous à quelque chose d'assez acide. Free folk, pour la guitare bardée d'effets jouant mal ses motifs simples sur une pulsation binaire hypnotique et appuyée. Ça c'est pour les passages les plus intelligibles qui s'interposent entre les hurlement de larsen à vous faire passer Bird and Person Dyning d'Alvin Lucier pour un album agréable et les bonhommes de Sunn pour des gratteux au son propre: La preuve avec le nom du groupe, ça dégueule de feedback des deux cotés tant il est utilisé, que ça soit en grosses déflagrations massives et gratuites, en riff déguisés, monstruosités à la Haino ou trame sonore pour improvisation alien. Qui miaulent, les aliens. j'aurais bien du mal à vous retranscrire le reste. J'ajouterai cependant qu'on retrouve encore une fois cette ambiance très instable et (en toute logique) onirique commune à beaucoup d'albums de drogues auditives, et c'est justement ce caractère insaisissable et chimérique qui m'enlève les mots de la bouche. Alors qu'on soit d'accord, c'est bancale, je le répète, parfois un peu gratuit (un enregistrement d'eau qui coule et de bruit de sachet plastique pour introduire une piste de noise rock à la Skullflower? Ça marche!) et douloureux pour les oreilles. Mais quand même, quelle folie.

Gata Peluda enregistrée dans une autre dimension tu dis? On te croit sur parole garçon, tout cela n'est pas raisonnable et n'a rien de terrestre. Quelque part entre les oeuvres de jeunesse de Keiji Haino, Silvester Anfang, Yoga, à écouter ou télécharger ici chez mon nouveau fournisseur du moment.

03/01/2012

Viraeson - West (2009)


Business, te voilà bien somnolent, j'espère que tu ne t'es pas endormi entre deux loops de Celer car nous allons justement poursuivre notre chemin dans les terres arides du bourdon et de la musique minimaliste avec les droneux de Viraeson. Pas de panique cependant, comme vous je peux encore m'épanouir dans des albums avec plus d'une note par pistes et j'espère bien pouvoir vous le prouver prochainement.

Certains d'entre vous ont peut-être déjà écouté l'album Ritual de Solo Andata: Un dark ambient de très bonne facture mais qui m'a finalement laissé un peu sur ma faim malgré sa première face absolument fantastique. Le lien avec ce West pourra sembler ténu mais c'est justement la tension constante et l'obscurité pesante du LP qu'on retrouve en partie dans ces trois pièces plus intéressantes que leurs Two long works honnêtes mais pas vraiment inoubliables sortis dix ans plus tôt. Le matériel sonore est ici majoritairement constitué de field recordings de différentes provenances (Corée du Sud, Russie et Syrie) qu'on dira bruts de décoffrage (i.e y'avait pas assez de mousse sur les micros) superposés avec de belles et profondes nappes ou des textures lofi. Pas de beats maladroits venant flinguer l'harmonie des sons ici, mais un motif sourd et mystérieux jouant à cache-cache dans la forêt qui fait la jonction entre la première et la deuxième piste. En vérité parler de minimalisme ici manque un peu de pertinence; En tout cas la progression, bien que loin d'être sinueuse, est travaillée -voir délicate- et le panel de sonorités formant les différents "calques" est assez étoffé.

L'ensemble s'avère finalement passionnant en dépit d'un assemblage un peu rustique mais cohérent. Quelque part entre le Ritual déjà cité, Original Masters - Night Passage d'Alan Lamb et la densité d'un Broken Hearted Dragonflies de Tucker Martine. Quand Nyx revet Pan endormi d'un pesant tissu de mystPardon, je veux dire, téléchargez l'album ici si le coeur vous en dit.

05/11/2011

Celer - Butterflies (2011)


Annonçons la couleur tout de suite: Ce Butterflies est d'un minimalisme assez radical et déconcertant. Ceci expliquant le peu que j'aurai à en dire, et pourquoi j'ai tant hésité à le mentionner ici.

Musique des sphères pour idiots contemplatifs. Cinq pistes chacune faites d'une seule et unique boucle gravitant sur une orbite parfaitement elliptique pour une durée de quarante minutes. Ni plus, ni moins. D'abord sur mes gardes, voyant d'abord en cette découverte singulière une espèce de Trilogie de la Mort du pauvre, une vingtaine de minutes ont pourtant suffi à faire fermer sa gueule à ma voix de la Raison qui parlait de supercherie et de fainéantise et pour voir mes vanités de mélomane à la petite semaine se faire souffler par cette froide beauté d'une simplicité littéralement désarmante. Tout est là, dans ce "si peu". Le reste est sans importance. Léthargie voluptueuse, hébétude rassurante, plongée dans l'infini, qu'importe le mot, disons juste que trois heures d'anéantissement dans le son ne sont jamais de trop. C'est là dedans qu'on devrait cesser d'exister.

Écouter ici

À défaut de connaître le public à qui c'est susceptible de plaire, on pourra comparer ces papillons à la musique d'Eliane Radigue, Charlemagne Palestine, William Basinski et quelques sorties du label mAtter. Je suggère également l'écoute des "Four Pieces" et de "Noctilucent Clouds" (notez qu'il est difficile d'apprécier ce dernier autrement qu'avec un casque).

28/09/2011

James Ferraro - Marble Surf (2008)


Le petit Jamy nous ouvre les portes du Paradis (ou du Valhalla, question de goût, d'ailleurs petit message à ceux qui comme moi ne pourront s'empêcher de penser au jeu Valkyrie Profile en écoutant l'album: Personne ne peut plus rien pour vous), L'espace de quelques dizaines de minutes de pure béatitude, et c'est plutôt gentil de sa part. Le motif joué au piano qui introduit cette cassette sera le même qui accompagnera et conduira les chœurs angéliques qui s'y grefferont, dialoguant, euphoriques et grésillant dans ce flou lofi que crée la manipulation des bandes magnétiques, attribut essentiel de cette joie céleste étalée sur deux pistes symétriques. Flou qui dans un premier temps rend difficile de se rendre compte à quel point la composition de cette petite quarantaine de minutes, sans entraver la fluidité avec laquelle elle s'écoule, et loin d'en rester à quelques superpositions paresseuses mais efficaces, ne cesse de se transformer jusqu'au final abrupt et triomphant, cloches, tambours, synthétiseurs s'ajoutant aux chants d'extase et à d'autres instruments qui finissent par ne plus être précisément identifiables et à ne former qu'un tout presque compacte s'approchant du fameux "magma" bien connu des amateurs de black ambient, véritables bain de sonorités aux frottements tantôt lumineux, parfois éblouissants, bizarrerie au psychédélisme latent (qui deviendra beaucoup plus explicite sur un album comme Pixarni), unique et passionnante de bout en bout, du concentré de liesse onirique, voilà tout. Je vous épargne pour cette fois la traditionnelle métaphore absurde sur le modèle du "X meets Y dans un contexte Z", mais s'il fallait vraiment situer l'ovni, disons quelque chose entre Arvo Pärt, Yoga et William Basinski.

À écouter grâce à ceci. (le lien vient d'ici)

09/08/2011

Incarceration By Abstraction - The Flying Luttenbachers (2007)


Dans quoi pourrait on classer cette petite chose hybride? Il serait difficile en vérité de limiter cet album à une sphère musicale particulière (c'est visiblement vrai pour les précédents) tant il semble graviter de l'une vers l'autre avec la même aisance: une jambe dans le free jazz, l'autre dans le math rock, effleurant parfois du bout des doigts le grind de Naked City. Sacré mélange que l'on doit à Weasel Walter qui pour le coup a tout simplement enregistré et exécuté seul l'intégralité des pistes en l'absence de ces compagnons de jeux habituels. Figurez vous d'abord un couple basse/percussions particulièrement puissant, l'une aussi grasse et remuante que l'autre est nerveuse, tisseuse de grooves survoltés qui n'hésite pas à aller chercher le blast lorsqu'il est nécessaire. puissance de feu non négligeable soutenant, seule ou accompagnée d'un orgue, les tapisseries inextricables et presque anguleuses de motifs robotiques tissées par des guitares aux timbres multiples, assez folles, désarticulées et mécaniques pour concurrencer celles d'un.. Buckethead (par exemple, sur The Cuckoo Clocks of Hell ou Kaleidoscalp), et les déchirements hystériques d'une clarinette tellement zornienne que je l'ai d'abord prise pour un saxophone. Hystérie panique qui s'interrompt parfois pour laisser place à quelque chose de plus conscient venant tendre et noircir toute cette belle machinerie. Quelques discrètes touches d'electronique et de noise parachèvent enfin d'affirmer son caractère foisonnant et chaotique à un ensemble qui tient davantage du bordel savant et calculé que de la cacophonie bête et méchante, contrairement à ce qu'on serait tenté de croire en me lisant. Christian Vander dans un Gundam retapé. Cool. Écouter ou acheter ici. Plus de copies physiques (500 exemplaires), malheureusement!

30/06/2011

Supersilent - 5 (2001)




















Déjà entamée sur un précédent opus plus explicitement jazz, c’est ici, au travers de ces 70 minutes compilées par Helge Sten sur plus de 30 heures de concerts donnés à Oslo, Londres et Bologne, que s’accentue l’orientation « ambient » de la musique de Supersilent, même si ce terme me répugne un peu la concernant, tant cette dernière excède, de par sa liberté formelle, les catégories et les simplifications qui tenteraient de la contenir. A l’appui de cette affirmation, le jeu de Vespertad, par exemple, se fait globalement plus épars, discret, amorti, carrément absent, parfois ; même si cela ne l’empêche pas, vers la fin de l'excellente première piste, et de concert au pianotage rythmique de Storløkken (allant jusqu’à rappeler l’intensité fiévreuse d’un 6 ou d'un 7), de durcir ses frappes et de faire monter d’un cran la pression. Dense en détails et en brèves incisions, mystérieuse, riche en nuances et en contrastes clairs/obscurs, la musique de Supersilent s’étire maintenant en longues plages improvisées, pour la plupart excédant les 10 minutes (quasi-20 minutes pour les deux plus longues). Théâtre d’ombres et d’inquiétudes fugitives, de gouffres massifs et d’émergences lumineuses, jamais l’univers de Supersilent ne s’est fait aussi fascinant, insaisissable. Bâti autour du silence, ce « presque rien », s’il n’en reste pas moins dynamique et captivant de bout en bout, exige peut-être moins d’effort à fournir pour suivre de l’oreille chaque apport et chaque mouvement – moins d’intenses et rapides télescopages (ce qui évidemment ne signifie pas qu’il n’y en ait plus), pour des sculptures de paysages sonores liquides, fluants, hantés par l’impénétrable mélancolie des minces thèmes qu’Arve Henriksen module, oriental (la manière de sonner de cette trompette me fait penser à une sorte de...flûte asiatique?), au gré des rideaux cristallins (theremin ?) qui tombent en pluie sur des nappes de plus en plus amples, de plus en plus profondes et grondantes (5.3)… distante, posthume, spiritualisée, la trompette plonge alors dans le sein de cet océan aux oscillations dansantes, et dont l’épiderme plein, texturé, pétrifie et engloutit le regard... et ce, jusqu'aux glaçantes plaintes émises par ces 5 minutes finales, graduelle montée en puissance dans la cacophonie. Les deux dernières pistes, à ce titre, mériteraient deux chroniques dans la chronique. Je préfère vous laisser avancer de votre propre chef dans ces labyrinthes de l’âme.

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24/06/2011

Supersilent - 4 (1998)




















Outre une musique qui s'avère, à chaque album, irréductiblement singulière en terme d'atmosphères et de couleurs, Supersilent a ceci de particulier que le minimalisme de leur artwork ne révèle rien qui pourrait traduire une réflexion des artistes sur leur propre musique. La pochette est un monochrome qui ne délivre que les informations essentielles (code-barre inclu!); l'intérieur du livret révèle, quant à lui, d'informes et désinvoltes gribouillages. L'auditeur n'a donc affaire qu'à lui-même, aux interprétations qu'il formulera a posteriori pour qualifier la musique (lesquelles, bien entendu, n'engagent que lui). Logique, au fond, puisque l'essence du projet réside dans l'improvisation libre. Pourquoi en effet ces types devraient parler de leur musique ? Ils se réunissent, et jouent. Point barre.

Pour moi les membres de Supersilent sont des créateurs d'oeuvres ouvertes. Des mediums nécessaires à ce que l'évènement musical, pur de tous référents extérieurs (de tout ce qui ce pourrait induire préjugés et préconceptions) vienne à la présence, s'offre au sujet dans toute l'opaque densité de son mystère, d'un sens qui se cherche, encore et toujours, fascinant, captivant... ou aveuglant, lorsqu'enfin il éclot et se dévoile, indubitable, inexprimable, dans une rayonnante et bienheureuse épochè... d'une musique dont je ne serai pas surpris d'apprendre qu'elle constitue, aux yeux de ses géniteurs, un être autonome et absolument détaché de ce à quoi ils s'attendaient, produit de leurs impulsions. Une sorte de "laisser-être", si l'on veut.

Bon, si Supersilent sur ce 4 se fait nettement moins violent et bordélique que sur le 1-3, manifeste extrémiste et sauvage dans le non-concessif, il n'en reste pas moins radical, rigoureux, et assez intéressant, quoique relativement anecdotique (peu de ces moments hors du temps qui, pour moi, font le sel de Supersilent). Toujours cette même dualité entre un versant "ambient" ici légèrement accentué (la diffuse et pulsante 4.1, l'inquiétude captivante de 4.2, avec ces superbes textures de Ståle Storløkken débouchant sur une fin haletante) et de parties plus rentre-dedans, qui exige que l'on suive d'une oreille attentive tous ces détails qui fusent et rentrent fiévreusement en collision... les trames, denses et composites, témoignent toujours de ces incessants télescopages de sonorités hétérogènes, grouillantes, supersoniques, tantôt abstraites (les modulations noise agiles et rétractables des machines) ou chaleureuses (la trompette qui temporise, le jeu étonnant Vespestad), mais souvent pertinentes, parfois moins, pour peu que l'on fournisse l'effort de concentration nécessaire... ce 4, s'il décrispe en partie la rage et la fureur du propos initial, ne fait que le rendre plus digeste (3/4 d'heures aussi, ça aide).

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18/06/2011

Supersilent : 1-3 (1997-2003)
























Les débuts de Supersilent sont éreintants, définitivement plus rudes et hermétiques que le reste de leurs productions. Ce triple album, réunissant 13 pistes enregistrées en studio pour plus de 3 heures de musique, montre que la raison d'être du projet a toujours été l'improvisation; une liberté de forme débridée et malsaine, riche en contraste et en ambivalence, donc foncièrement insaisissable. Une sorte de Soft Machine malade, enragé, noise dans son orientation, "ambient" lorsque retombe l'intensité générale (par exemple le deuxième disque, illuminé par cette trompette surplombant les amples et froides nappes tissée par Ståle Storløkken). Un Soft Machine aliéné, déshumanisé, rendu âpre par le corps-à-corps viscéral et quasi-exclusif avec les composants électroniques, où c'est le son pris en lui-même, sa matière qui se trouve malaxée, modelée, formée et déformée - d'où, en corollaire à cette intensité physique, brûlante, un rendu farouchement froid, abstrait qui risque d'en rebuter plus d'un.

A l'image de ce premier morceau, apeurant par sa longueur (30 minutes) : une concaténation de rythmiques prenant votre oreille droite comme punching-ball, d'improvisations électroniques/noise d'Helge Sten ou du trompettiste qui jaillissent en persécutions polymorphes (ça poinçonne, se torsade, se déchire), recouvrant une voix froide qui mécaniquement débite des sortes d'ordres ou d'instructions, le tout traversé par la beauté fantomatique, extraite brute du chaos, des minces filets qu'Arve Henriksen laisse échapper de sa trompette... tout en rythme et en détails fusants, plus accrocheuse, c'est limite si la deuxième piste me fait pas penser à une sorte de Single Unit caustique.
La troisième piste, elle, dépasse tout, et se pose à ce jour comme le morceau le plus éprouvant de ces sapajous : 14 minutes de déflagrations harsh-noise haletantes, impitoyables, qui à force de dilacérer la trame sonore, vous laisseront abasourdis.

Mais à l'exténuation et à l'insupportable, se succèdent chez Supersilent des moments de grâce aveuglants, où les masses denses et composites s'élèvent, figent le temps et saturent l'espace, des moments au rayonnement tel qu'il me plaît de les qualifier d'"épiphaniques". Ainsi la dernière piste du 1er CD, où il nous semble surprendre la naissance du groupe qui, l'espace de 15 ineffables et supra-terrestres minutes, touche véritablement à quelque chose d'essentiel. L'inouïe advient, se fait entendre; la magie de Supersilent opère, initiant la mise en présence de l'inconnu. Ces instants de grâce, nous ne les retrouverons guère que sur le 6 ou le 7. Et ce n'est que le premier CD... les autres ne sont pas en reste : tous témoignent de cette polarité qui semble travailler de l'intérieur cette musique. Chacun d'eux sont autant de fondations intimidantes à ce que ces norvégiens proposeront dans le futur. Ce 1-3, au fond, c'est un peu l'accomplissement moderne de la démarche du Miles électrique...

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