22/06/2010

Verdunkeln - Einblick In Den Qualenfall (2007)



Les enfants, voilà de l'excellente drug music, propre à relativiser Burzum et ses épigones faiblards, dont le seul mérite consiste à montrer les choix à ne pas faire : manque de relief, répétition sans fièvre ni climax, rachitisme du son. Et pourquoi donc ? C'est que Verdunkeln, groupe allemand chapeauté par l'excellent label Van records, à défaut de s'inspirer du "maître", affirme désormais sa gravitation sur un orbite qui lui est propre ; et j'ai beau fureter un peu partout, impossible de retrouver une orientation, une pertinence dans le rendu similaires ailleurs.
C'est bien simple : là où le premier essai peinait à décoller et à convaincre - la faute à une batterie en carton -, le second arrache littéralement le toit grâce, en partie, au son désormais viscéral de cette même batterie : puissante, caverneuse, catchy. Entretenue par chacune de ses frappes, une fièvre rituelle se dégage très vite d'un ensemble dont l'humilité minimaliste (tout cela tient à fort peu de choses) n'a d'égale que l'osmose entre chaque instrument.

Si je devais tenter un parallèle hautement foireux comme angle d'attaque, j'oserai présenter cette injonction, tirée des Oracles Chaldaïques tels que retranscrits dans le Commentaire de Proclus, pour mieux prendre leur contre-pieds :

"Toi, cherche le canal de l'âme, d'où et de quel rang elle vient ; quand tu auras servi le corps, c'est vers ce rang d'où tu as glissé, qu'à nouveau tu remonteras, ayant joint l'acte à la parole sacrée."

L'acte, c'est le rite religieux, et la parole sacrée, celle attenant à la religion : joindre l'acte à la parole sacrée, c'est donc assurer la remontée de l'âme du corps d'où elle a chue à la communion retrouvée avec l'Un, dont l'âme procède. Conception platement platonicienne en somme ; mais Verdunkeln, alliant le rituel musical à la parole crachée, semble obnubilé par le monde de l'en dessous, le chthonien. Le corps comme sanctuaire, le corps comme précipice, et le vertige en dérivant : telle semble être la focale travaillant cette musique ; où l'initiation, d'étapes en étapes, et, en elles-même, de réitérations insistantes en jaillissement de fulgurances impromptues, cherche à révéler la consomption d'un feu intérieur, fiévreuse rupture de l'espace/temps, brusque cécité visionnaire, pour éphémère et artificielle qu'elle soit. Car s'il s'agit bien de BM ambiant, l'écriture demeure pour sa large part enclose dans le riffing.
Ainsi, Verdunkeln procède très simpl(ist?)ement : des cordes granitiques, minérales, tantôt édifient des parois figées, réverbérées, tantôt s'indifférencient en lits d'anciens canaux, tantôt tournoient en boucles angoissantes, scorie et distorsion en sus occupant l'espace sonore. Contrastent, avec cette dimension rocailleuse, la sonorité aquatique des divers leads introduisant et traversant chaque pièce de part en part, s'épanouissant en de longs solii inspirés, véritable danse des ombres dont la récurrence des motifs semblent plus invoquer qu'évoquer. Le point d'orgue, Der Herrsher, est le point crucial où semble aboutir toute cette tension générale : le Voile de Maya entr'ouvert, la brève mais aliénante vision de l'Un originaire, douce et rare ivresse couronnant cette plongée en nous-mêmes... et la réception finale, toute en cordes et en chœurs chaleureux, évoque, quant à elle, une forme d'accomplissement.

FLAC 1 / FLAC 2 / Buy

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